L'Aveuglement
7.8
L'Aveuglement

livre de José Saramago (1995)

Quelle leçon l'homme qui pense pouvoir tout maîtriser peut tirer de la lecture de cette incroyable dystopie !


"Je pense que nous ne sommes pas devenus aveugles, je pense que nous étions aveugles. Des aveugles qui voient. Des aveugles qui, voyant, ne voient pas."


De nos jours, dans une Ville universelle qui n'a ni lieu ni nom, évolue une humanité désincarnée car vous ne trouverez aucun nom propre dans ce roman, aucun des nombreux personnages ne sera désigné par son prénom. Qu'il vous suffise de savoir que ce sont des gens comme vous et moi. Sans avertissement, un fléau s'abat sur cette humanité soudain frappée d'un handicap sensoriel terrifiant : la cécité. Telle une pandémie incompréhensible et incontrôlable, elle s'empare de chaque être, tous sont progressivement aveugles. Tous ? Non, une femme, l'Eve dernière, conserve seule la vue comme pour témoigner du déclin rapide et apocalyptique de notre civilisation.


Aveugle, la population totalement désarmée, impuissante, débile. Aveugles, les instincts grégaires renaissants qui ne connaissent ni foi ni loi. Aveugles, les consciences et les sentiments.


Par ce roman étrange et déroutant, l'écrivain portugais nobelisé José Saramago nous plonge dans le chaos le plus total et le plus totalitaire. C'est d'abord la saleté des corps et des âmes qui engloutit tout et qui malmène tous nos sens, à commencer par l'odorat. Nous aussi nous voudrions être aveugles pour ne pas voir les immondices et les chairs putréfiées. Surtout, nous voudrions ne pas avoir à toucher l'inconnu, à sentir les remugles, à écouter les plaintes, à goûter la nourriture abjecte et l'eau répugnante qui deviennent vite les dernières ressources, les ultimes trésors d'êtres devenus pitoyables.


Ce roman fait peur, il dégoûte, il fascine, il marque durablement l'imagination. Son thème nous ramène à notre fragilité, à notre vanité, à notre place dans l'univers. Et si demain toute le monde était aveugle ? Avec des si, on peut refaire le monde, on peut aussi le détruire.

Gwen21
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Challenge Nobel (sans limite de temps), 2019 et Challenge MULTI-DEFIS 2019

Créée

le 3 sept. 2019

Critique lue 630 fois

Gwen21

Écrit par

Critique lue 630 fois

3

D'autres avis sur L'Aveuglement

L'Aveuglement

L'Aveuglement

9

JessicaDubreucq

67 critiques

Un roman qui éclaire

Un seul regret. Ne pas l'avoir lu plus tôt. Je l'ai terminé il y a quelques jours mais je peux dire qu'il ne fait aucun doute que ce roman va me hanter pendant très longtemps, à l'instar de 1984 de...

le 24 févr. 2017

L'Aveuglement

L'Aveuglement

10

Toshiba

366 critiques

Remarquable

Le style est déroutant. Il faut s'habituer. Mais, une fois que c'est fait, quel roman! Lu en pleine pandémie, ce roman a eu une grande résonance. Brutalement, des personnes se mettent à devenir...

le 26 oct. 2020

L'Aveuglement

L'Aveuglement

7

carolectrice

195 critiques

Critique de L'Aveuglement par carolectrice

Une épidémie de cécité frappe une ville puis tout un pays, plongeant ses habitants dans un mystérieux "mal blanc"... Plus de 300 aveugles vont être placés en quarantaine dans un ancien asile...

le 1 sept. 2019

Du même critique

La Horde du contrevent

La Horde du contrevent

3

Gwen21

1775 critiques

Critique de La Horde du contrevent par Gwen21

Comme je déteste interrompre une lecture avant le dénouement, c'est forcément un peu avec la mort dans l'âme que j'abandonne celle de "La Horde du Contrevent" à la page 491 (sur 701). Pourquoi...

le 1 janv. 2014

La Nuit des temps

La Nuit des temps

10

Gwen21

1775 critiques

Critique de La Nuit des temps par Gwen21

Je viens d'achever la lecture de ce petit livre qu'on me décrivait comme l'un des dix livres de science-fiction à lire dans sa vie sous peine de mourir idiot. Je viens d'achever la lecture de ce...

le 15 sept. 2013

Les Hauts de Hurle-Vent

Les Hauts de Hurle-Vent

5

Gwen21

1775 critiques

Critique de Les Hauts de Hurle-Vent par Gwen21

Ouf, enfin terminé. Que de longueurs... Pour rien au monde je n'aurais voulu vivre dans le cercle intime de la famille Brontë. Malgré le talent pour l’écriture équitablement partagé entre les trois...

le 11 févr. 2015