L’enragé, Sorj Chalandon, Grasset
Août 1934, 56 gamins enfermés à la colonie pénitentiaire pour mineurs de Belle-Île s’enfuient. La chasse pour les retrouver est ouverte avec récompense à la clef. Les surveillants, les habitants et même les touristes s'en mêlent. Si bien que 55 fuyards sont retrouvés. Sorj Chalandon imagine que l'un d'entre eux, Jules Bonneau, dit La Teigne n’est jamais retrouvé.
Les jeunes gens dont Sorj Chalandon évoque le sort sont enfermés pour diverses raisons, parfois quelques rapines, des délits mineurs et parfois même simplement parce qu'ils sont orphelins ou issus de familles dysfonctionnelles. A l’époque, ils étaient forcément de la graine de voyous, de la racaille comme disait un ex passé par la case prison.
L'auteur écrit les vexations, les brimades, les violences des surveillants envers les colons, des adultes envers les enfants et aussi des enfants entre eux. Car à Haute Boulogne, la violence est omniprésente, seuls les plus forts peuvent penser s'en sortir. C'est la prison, le bagne avec des règles dures où les plus faibles subissent les assauts de violence physique et sexuelle des plus forts parfois des adultes
L'émeute et la fuite des colons naissent de coups donnés à un jeune parce qu'il a mangé le fromage avant d'avoir fini la soupe. Mais surtout d'années d'enfermement à la merci des surveillants, d'esclavage, d’exploitation.
Le récit de Sorj Chalandon est direct, vif, très dialogué. Outre les descriptions du camp, il évoque aussi la période dans laquelle s’inscrit cette histoire, et la vie à Belle-Île ressemble à celle partout ailleurs : les communistes, les croix de feu, la montée des extrémismes en Europe, la délation partout, l’argent plutôt que tenter de comprendre et porter assistance aux jeunes gens enfermés. C’est un livre dur qui néanmoins garde foi en l’humanité, notamment celle des anonymes, des petits. Un coup de poing en pleine face.
On ne ressort pas très zen de ce livre, surtout lorsque l'on travaille pour la protection de l'enfance, que l'on sait qu'il y a encore beaucoup de progrès à faire et que l'on note d'où l'on vient, car en termes de déni d’humanité, de vol de l’enfance, la France a su être à la pointe.