Si on excepte le goofy du space opera, en SF, on a souvent tendance à être très sérieux, très grave. Les enjeux sont importants : il y est question de conflits millénaires, de destins exceptionnels, de politique, de tragédie. Et si les personnages ne sont pas au 1er plan, comme chez Asimov, c’est l’Histoire, la structure qui tient le premier rôle . Bref, ça rigole pas. C’est « un truc de mec ».
Dans l’Espace d’un an, Becky Chambers utilise la SF pour questionner l’intime, le rapport à l’altérité. L’équipage d’un vaisseau, souvent prétexte à l’angoisse, la méfiance, la claustrophobie, ou bien traité de façon militaire dans le genre, est ici une affaire de famille (plume!) : comment faire confiance, vivre avec les défauts des autres, se soutenir quoiqu’il arrive, reconnaître les particularités de chacun.e. Les aliens sont un moyen de fustiger l’ethnocentrisme et de nous pousser à aller vers l’autre, à être empathique, à décentrer notre regard.
L’intrigue est presque secondaire, derrière la description quasi sociologique de l’univers et des personnages, qui sont d’ailleurs des personnages secondaires eux-mêmes, flirtant avec la grande histoire de leur galaxie sans vraiment y entrer de plein pieds. Car la galaxie, ce sont eux, aussi divers qu’attachants, nouant des relations dans lesquelles on aime se plonger. C’est amusant que le Voyageur soit un tunnelier, dont le rôle est de relier des points distants dans l’univers : c’est un peu la tâche que semble confier Becky Chambers à son livre, créer du lien.
La lecture en est donc très plaisante, confortable, puisque le message se veut résolument optimiste. On atteint pas l’acuité sociologique et politique d’Ursula le Guin, à laquelle on sent que l’autrice doit beaucoup, ça manque peut être un peu d’aspérité, de moments de grâce, d’images fortes, mais il n’empêche qu’on s’y sent bien, et que Sissix est vraiment chouette.