Incontournable Avril 2022
Je n'ai pas pu détacher mes yeux de cette incroyable couverture, si pimpante de couleurs et si vibrante de vie, avec une femme qui semble seule maîtresse d'elle-même.
Cet album tient du récit, mais il est aussi semblable à un carnet, le genre qu'on gribouille et rempli un peu au hasard des trouvailles dans les marges. Surtout, c'est le périple de cette femme, qui a su tôt que la mer l'appelait, à la manière de Moana ( Qui s'appelle Vaïana en France). Elle construit son propre navire, un amoncellement hétéroclite plus qu'un vrai bateau, mais une embarcation qui va néanmoins tenir et la porter de par le monde. C,est une mer peuplée de monstre et des ports peuplés de gens de tous horizons qu'elle va croiser, entre deux vagues déchaînées. Et elle va même croiser la route d'un petit enfant tout clair, qu'elle va adopter et porter sur les mers à son tour. Et un jour, alors blanchie par le poids des années, mais l'oeil toujours vif, qu'elle va trouver un coin de paradis, une île dont elle rêvait. C'est là qu'elle va léguer son bateau à cet enfant devenir adulte sans même s'en rendre compte. L'expédition s'achève peut-être pour elle, mais elle vient de prendre réellement son envol pour son enfant.
On respire la liberté dans cet album, où la richesse n'est pas dans le matériel, au contraire, car l'héroïne semble plutôt avoir peu et son bateau restera l'amas d'objets dépareillés qu'il était au début. Sa richesse était dans ses rencontres, ses expériences et le fait qu'elle jouissait d'une liberté totale. Sa liberté s'est d'ailleurs amarrée à celle d'un enfant, qui lui a littéralement bondit dessus, comme s'il l'avait attendu et espéré. Et au final, son paradis n'a rien d'une maison immense ou d'un trésor, mais a plutôt la forme d'une terre magnifique, une nature généreuse et des couleurs plus éclatantes que jamais. En un mot, je dirais qu'on a ici un bel exemple de simplicité volontaire, ou encore cette faculté de certaines personnes de voir le merveilleux dans le voyage.
Ça me rappelle l'album "la fille à moto", qui avait des airs similaires: une jeune femme a décidé de faire le tour du monde en moto et c'est au gré de ses rencontres et ses aventures qu'elle a vu la beauté du monde. Il y a de quoi rêver. C'est une histoire vraie, en plus.
Bien sur, le texte n'est pas le seul à faire rêver, regardez moi cette couverture! Regardez moi ces couleurs généreuses et vives! de près, ça ressemble à une peinture à numéro de bon calibre, avec ces petits espaces qui se touchent sans se mélanger. Mais de loin, ça respire, ça bouge, ça se dévore des yeux. Il n'y a pas de contours, c'est juste des couleurs qui se lèchent et se côtoient en une suite d'illustrations à la dynamique fluide comme l'eau. Très intéressante technique, franchement, j'aime beaucoup. Ça me rappelle mes cours d'histoire de l'art, avec ces grands amateurs de couleurs un brin psychédéliques. de quoi stimuler la vu de nos jeunes lecteurs, assurément.
Aussi, et je termine sur cette note, j'adore les personnages, même aussi brefs. J'ai vu des parents encourager, soutenir et aimer leur fille, à grandes poussés ver la mer. Un vrai trésor en soi, selon moi, que de laisser les jeunes rêver et s'accomplir, grâce au support parental. J'ai vu une jeune fille croire en son projet et vivre pleinement, à contre-sens des préceptes de société, peut-être, mais quelle fille courageuse et entière! Un album dont les riches couleurs nous bercent le temps d'une formidable expédition.
Pour un lectorat du second cycle primaire, 8-9 ans, mais qui peut aussi faire rêver les 6-7 ans. *J'estime que le volet plus philosophique de l'album sera sans doute plus perceptible par les 8-9 ans en montant.