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S'il y avait un qualificatif pour décrire L'heure de la vache, ce pourrait être celui d'enragé. Le roman de Pajtim Statovci suinte d'une colère inextinguible pour la cruauté humaine, celle qu'on inflige aux autres, par pure méchanceté, et aussi à l'endroit des animaux, qui n'ont rien demandé. C'est un livre difficile, frénétique et parfois insoutenable, d'autant qu'il procède en partie (mais jusqu'à quel point ?) de l'autofiction. Le narrateur ressemble en tout cas à l'auteur, né au Kosovo, mais émigré très tôt en Finlande, homosexuel et écrivain. L'heure de la vache se déroule parallèlement sur plusieurs temporalités, en 1996, au pays natal, avant l'embrasement, puis dans la continuité en Finlande, avant un retour au Kosovo au lendemain de la guerre, et enfin quelques années plus tard, une fois le jeune garçon devenu adulte et romancier reconnu, mais pas apaisé pour autant. Entre violence domestique, pédophilie et racisme, sans oublier quelques scènes horribles de guerre, Statovci ne cesse de mettre nos nerfs à rude épreuve, tout en exprimant sa haine de soi (ou celle de son alter ego). Il pousse les curseurs à fond, à la limite, en usant d'un humour très sombre de temps à autre, une manière de relâcher la pression, de même qu'avec l'apparition de passages fantastiques qui rappellent que l'auteur n'est pas issu des Balkans pour rien, se permettant ainsi un brin de réalisme magique. Mais c'est bien la noirceur, au moins cinquante nuances, qui enveloppe le livre presque d'un bout à l'autre de sa membrane poisseuse. Impossible d'y échapper, car les phrases sont en général d'une longueur impressionnante (chapeau à la traductrice, Claire Saint-Germain) et, aussi surprenant que cela puisse paraître, d'une infinie clarté. Et de ce chaos mental et masochiste surgit finalement une œuvre aussi fascinante que poignante. Ah, la vache !
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Créée
le 9 mai 2026
Critique lue 16 fois
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