Je nourrissais une attente plus élevée en termes stylistiques de la part d'un auteur qui fut couronné prix Nobel de littérature. Mon étonnement (et un peu de déception, je l'avoue) n'en a été que plus grand.
Plus qu'un récit romanesque classique, c'est la restitution d'un fait-divers fictionnel "à la manière" d'un compte-rendu factuel et journalistique (néanmoins saupoudré d'une pincée de sarcasme). L'occasion pour l'auteur de décortiquer la tragique chute en avant d'une individu lambda et son entourage proche, tous soumis à la pression médiatique qui n'aura de cesse de livrer leurs vies privées en pâture (on devine le quotidien à sensation "Bild" derrière celui que l'auteur nomme "LE JOURNAL" - en grandes lettres capitales - tout au long du roman).
Le gratte-papier qui couvre l'"affaire" ne s'embarrasse ni d'éthique, ni de recherche de vérité factuelle puisque des faits et des propos sont souvent tordus ou exagérés, pour épouser un narratif convenu et ainsi satisfaire l'appétit rapace de lecteurs friands de commérages. C'est la vérité des faits qui est sacrifiée, et peu importe les conséquences sur les individus perçus uniquement comme carburant d'une machine à vendre des journaux.
L'édition que j'ai lue propose une introduction de Claude Bonnefoy qui explique les circonstances d'écriture de ce roman et le resitue dans son contexte historique et sociétal.
J'avoue que sans cette présentation, je serais passé à côté de la portée du roman.
Confronté semble-t-il aux attaques putassières des journaux de caniveau allemands de l'époque (les années 70), Heinrich Böll aurait écrit ce roman pour régler ses comptes et moquer ces procédés, dont une certaine presse - manifestement peu éthique, était coutumière.
Et c'est là que - pour ma part - j'ai perçu toute la portée prophétique de cette oeuvre et les parallèles thématiques pouvant être tirés entre les années 70 et aujourd'hui.
Ce qui relevait alors de la critique d'une presse exclusivement sensationnaliste fait désormais partie de procédés dont l'ensemble des médias se rendent coupables. Il n'est qu'à voir le traitement dont a fait l'objet la période des gilets jaunes en France, pour comprendre comment des médias stipendiés tentent de retourner l'opinion publique contre un mouvement social d'ampleur inédite, en le dévoyant par de vils procédés tout aussi putassiers et peu éthiques.
Désormais, reclus dans leur tour d'ivoire, déconnectés du terrain, cultivant une sorte d'entre-soi incestueux, les journaleux et éditoralistes font passer la recherche sensationnaliste au second plan : c'est la décrédibilisation qui est recherchée, la convergence vers un narratif maintenu envers et contre toute vérité, au détriment de la compréhension objective des faits.
C'est à cela que l'on saisi en quoi une œuvre littéraire peut porter en elle à la fois universalité et intemporalité.