C ’est fini. J ’ai rompu avec Fédor. Lui et moi, ça n ’allait plus. Nous ne nous comprenions plus. Alors on a tout arrêté, du jour au lendemain. Dosto, j ’espère que tu me pardonneras un jour cette décision qui devenait inévitable. Tu as voulu me raconter une belle histoire, mais je m ’y suis perdue. Tu as voulu me présenter l ’homme positivement beau, de façon démesurée, de manière trop idéale. Tu as tenté de me parler de toi, de ta maladie, de tes névroses. Tu as voulu me rapprocher du Christ, la seule figure pour toi infiniment belle, mais je n ’ai pas voulu croire au miracle. Digressif, tu as voulu me faire croire à l ’art de la fugue, à l ’envolée Russe, à la réflexion du sentiment religieux, mais je ne t ’écoutais déjà plus. D ’abord 3 hommes à 2 noms, puis 5, puis 10, puis je ne savais plus qui était qui avec qui et pourquoi. J ’ai bien retenu Rogojine, Mychkine et Nastassia, mais ça ne suffisait pas. Idiote j ’ai été. Ton roman est pourtant bel et bien une tragédie biblique, un concert d ’âmes humaines, un combat incessant entre le bien et le mal, et finalement une belle représentation du monde ici-bas. Ça, je l ’ai bien ressenti, merci… Mais ton écriture virtuose me dépasse, c ’est un fait. Page 478, j ’abandonne. C ’est vous dire comme Fédor et moi, on a tout essayé.