Cette formidable fresque, aussi conséquente qu'ingénieuse, n'est ni plus, ni moins l'histoire d'une vie humaine, de son innocente irruption dans le monde jusqu'à son émancipation du monde dans ce qu'il a de plus abrupt et terriblement réel. Innocent, le titre le laisse présager, mais l'idiotie du héros est le témoignage sincère d'un homme en quête de soi, en proie au mépris de ses semblables et à l'épreuve de leur cynisme. Au final, de cette monumentale oeuvre littéraire, il en résulte une lutte perpétuelle entre l'homme et l'humanité, que l'auteur lui-même résumait en ces termes, dans les Frères Karamazov: "plus j'aime l'être humain en particulier, et moins j'aime l'humanité en général".