Après avoir beaucoup beaucoup apprécié le 1er classique d’H.G Wells, j’ai décidé de m’attaquer au deuxième (suivant l’ordre chronologique de parution).
Le début est assez virtuose dans sa manière d’amener progressivement l’étrange. Le narrateur est dans un état de conscience altéré, étant donné qu’il vient d’échapper de peu à la mort par épuisement sur sa petite chaloupe, et il essaie de décrire dans un délire fiévreux, lors d’une nuit brumeuse, un étrange compagnon de voyage, dont les yeux aux reflets verts, et la silhouette disproportionnée provoquent chez lui un terrible malaise.
Il faut dire que, tout au long du livre, les descriptions des hybrides du Dr Moreau sont assez édifiantes, et représentent parfaitement ce que l’on appelle l’ « uncanny valley » quand on est essaie de modéliser numériquement des visages humains, ou que l’on s’efforce de réaliser les portraits les plus réalistes possibles. Il y a quelque chose qui ne colle pas, et qui, même s’il s’agit d’un détail, fait de la créature reproduite un monstre terrifiant dans sa fausse humanité.
J’ai globalement était un peu moins emballé pour le cœur du livre et moins pris dans ses péripéties. Certes, la créature Hyène-Porc est sinistre, mais je n’ai pas retrouvé les moments haletants des allumettes grattées pour échapper aux bras pâles des Morlocks.
De plus, les thèmes, s’ils sont intéressants, sont un peu plus convenus : l’hubris façon Frankenstein, ou la remise en cause de la toute puissance du progrès scientifique, moins subtilement traitée que dans la Machine à mon avis. Il y a aussi, plus finement, la menace constante de la bête en chacun de nous, affleurant à la surface et prête à balayer tous nos dogmes moraux si nous nous trouvons loin de la compagnie des hommes. Mais je trouve ce thème, pour le coup très intéressant, un peu sous exploité et désamorcé par la conclusion. J’aurai presque aimé voir Pendrick devenir un animal au contact des hybrides, comme une énième création du Dr Moreau.