L'image
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livre de Samuel Beckett (1959)

Je ne sais jamais trop quoi penser de Beckett, et un texte comme l’Image ne m’y aide pas. Une phrase de douze pages (écrites gros) sans la moindre ponctuation – « soudain là sous la boue je me vois je dis me comme je dis je comme je dirais il » (p. 11) : on comprend qu’il y est question d’un souvenir de jeunesse, d’identité aussi, et que « la boue » récurrente dans le texte doit être la métaphore de quelque chose – mais ensuite ?
Il serait injuste de parler de chef-d’œuvre, plus injuste encore d’imposture. Ce n’est même pas de l’inédit, Joyce a fait mieux – ou pire, mais enfin c’était avant. Incontestablement le vrai sujet de l’Image, c’est la parole, dès l’incipit : « La langue se charge de boue un seul remède alors la rentrer », etc., mais il me semble que c’est en dernière analyse, le cas de toute œuvre littéraire sérieuse. (Une caractéristique de cette littérature dont les théoriciens universitaires furent friands à partir des années 1970 est, précisément, d’exhiber le fait que la littérature parle d’elle-même : il me semble que si Beckett, Sarraute, Robbe-Grillet, etc. prennent le langage comme objet, c’est rarement en dernière analyse, mais d’entrée – d’où le profond ennui et généralement l’extrême pauvreté qui se dégage de leurs textes dès lors que ceux-ci n’ont rien d’autre à proposer.)
Peut-être que si les textes de douze pages écrites gros sans la moindre ponctuation formaient un genre à part entière, il y aurait des points de comparaison, et donc d’autres choses à dire sur l’Image. En attendant, vous avez remarqué, j’ai été obligé de parler d’autre chose dans cette critique, tellement il est difficile de tirer de cette boue quelque chose de structuré.
Ah, si, peut-être à la page 14, le mot absurde dans un passage intéressant : « j’ai l’absurde impression que nous me regardons ».

Alcofribas
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le 22 sept. 2022

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