L’inconnu de la Poste dissèque en quelques deux cent pages ce qui tient souvent en quelques lignes dans le journal, et ce à quoi beaucoup n’accordent qu’une attention distraite, voir négligent ou méprisent. Le fait divers. Ici, tous les ingrédients classiques sont réunis : le village, le notable, la victime, connue et appréciée de tous, les marginaux, forcément suspects, et puis l’étranger, en l’occurrence Gérald Thomassin acteur césarisé mais jeune paumé une fois hors des plateaux, qui formera le coupable idéal. L’enquête de Florence Aubenas évoque le crime, mais insiste surtout sur les parcours de vie, elle donne chair à chacun des protagonistes de l’affaire, avec beaucoup de tendresse et d’humanité. Elle fait partie de ceux qui, comme d’autres avant elle, donnent quelques lettres de noblesse aux faits divers. Parce que la fascination qu’ils exercent ne tient pas forcément aux détails sordides du déroulement du drame mais à sa construction, et ses conséquences, aux parcours de vie et aux destins qui s’entremêlent et se rejoignent en une dramatique acmé pour se déliter ensuite. C’est lui donner de l’épaisseur, et ne jamais oublier que le fait divers est aussi un domaine dont les dimensions sociologiques, politiques et psychologiques sont indissociables.
Pour autant, et peut être pour cela aussi, je place ce livre un peu en retrait de deux autres : Laetitia d’Ivan Jablonka et Empreinte d’Alexandria Marzano-Lesnevich qui sont très différents dans leur construction et leurs objectifs – une touche plus sociologique et politique pour le premier, un parallèle édifiant avec la propre histoire de l’auteure pour le second –. Parce qu’ils apportent et nourrissent plus d’éléments de réflexion et d’interrogation sur la culpabilité, la justice et l’âme humaine.