On dit generalement que les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas. Il n'y pas de débat, c'est une question de sensibilité personnelle et de subjectivité. Tout débat est vain, stérile, on est appelé au respect des préférences de chacun, même si elles nous échappent. A défaut de quoi, pour tout dire, on pourrait vite passer pour réac, snob ou bobo.
Le film qui porte le même nom affiche une autre ambition. Celle de réconcilier les points de vue. Je cite le pitch : " entre le bon et le mauvais goût, le populaire et le chic, la sincérité et le mensonge, leurs deux mondes s’affrontent. À moins que l’amour, bien sûr..."
Le décor est planté, la comédie romantique se profile. Et on peut être confiant, si le film s'inscrit dans la trame de l'excellent "Le nom des gens" ou dans une moindre mesure du sympathique "la lutte des classes", l'équilibre avec la critique sociale devrait fonctionner, et si tout le monde en prendra gentiment pour son grade, cette comédie humaine sera subtile et convaincante.
Mais le pari n'est pas tenu. Dans Les goûts et les couleurs, l'héroïne, Marcia, est une jeune chanteuse qui souhaite percer. Elle a convaincue Daredjane, une chanteuse aujourd'hui oubliée (mi Greco mi Fontaine),dont elle est fan depuis toujours, de reprendre la musique et commence à travailler à une maquette avec elle, avant que celle-ci ne meure brusquement. En voulant honorer sa mémoire et faire respecter son œuvre, elle va prendre contact avec le seul ayant droit de la chanteuse, Anthony, placier à Bures sur Yvette, qui n'a jamais aimé sa parente et sa musique. L'intrigue est plantée. Se rejoindront-ils malgré le gouffre culturel qui les sépare ?
En sortant de la séance, on a le sentiment que les deux coscenaristes Michel Leclerc et Baya Kasmi ont finalement pris le contre-pied de leur propre pitch. Du coup, Les goûts et les couleurs ne convainc pas. Du tout.
Le principal problème tient à l'écriture des personnages. Maria est une fille de conviction, intègre, qui ne fait pas de compromis. Tous ceux qui l'entourent (sa femme, son manager, Anthony.... ) sont pétris de défaut. Soit, mais tous devraient être renvoyés à leurs contradictions. Ce n'est pas le cas. Parce qu'elle est decrite comme parfaite, sans aspérités, Marcia ressemble à une oie blanche qui découvre la dure réalité de l'industrie musicale et, plus largement, de l'imperfection et la compromission du monde dans lequel nous vivons. Droite dans ses bottes, elle finit par être une donneuse de leçon agaçante qui distribue les bons et les mauvais points, sans jamais se remettre en question. De l 'autre cote du spectre, les personnages n'ont pas seulement des défauts, ils sont caricaturés. Anthony en tant que mec de banlieue qui n'a jamais mis les pieds à Paris (le Rer B c'est pour les chiens?) est, sur ce point, particulièrement gratiné. L'équilbre du film s'effondre.
Certes , comme le veut tout scénario, la situation personnelle de Marcia aura changé à l'issue du film, mais son point de vue? Elle semble toujours sur son petit rocher avec la vérité suprême sous le bras (pour emprunter l'expression au cultissime Cuisine et Dependances).
Cote scénario, autres déceptions. De véritables problèmes de rythme avec beaucoup trop d'interludes musicaux (parfois non justifiés et souvent trop longs) et des situations solutionnées à coup de gros sabots (l'évolution de sa relation avec sa femme est particulièrement caricaturale). Des dialogues souvent attendus et surécrits, malgré quelques répliques salvatrices qui nous rappellent la subtilité du Nom des gens.
Bref, après une nuit de réflexion, pas grand chose à sauver, sauf peut être le casting, avec de chouettes acteur.trice.s, malheureusement coincé.e.s par leur partition manichéenne (hormis peut être Judith Chemla, que j'avais beaucoup aimé dans Mes frères et moi).