Un voltairien fils d’immigrés comorien, ça ne s’invente pas. Cela n’a en fait rien de surprenant : après tout c’est sans doute chez ceux qui souffrent le plus de l’obscurantisme qu’on trouve les plus sincères partisans des lumières. C’est donc sous les cieux de l’islam que Voltaire renait aujourd’hui (Azihari n’est pas seul, que l’on pense par exemple à Kamel Daoud et Boualem Sansal). Les penseurs d’origine africaine ou maghrébine œuvrant contre l’obscurantisme de leur société d’origine le font souvent au nom des lumières françaises.
De ce côté-ci de la Méditerranée, ou règne dans les milieux intellectuels et universitaires un postmodernisme teinté de marxisme, on ne l’accepte pas, on ne comprend pas qu’entre eux et nous la temporalité n’est pas la même, que la porte de sortie de l’obscurantisme n’est pas le postmodernisme mais la critique des lumières.
Quoi qu’il en soit, sa proximité avec les écrivains du XVIIIeme et du XIXeme déteint aussi sur le style d’Azihari : élégant, exigeant. Et sur son ton : ironique, cruel, ne craignant pas de froisser les susceptibilités.
Il est vrai que dès lors que l’on se met à regarder l’islam rationnellement, sans lui accorder ce statut actuel de quasi-sacralité le préservant de toute critique, le constat est édifiant, la démonstration sans appel.
Azihari en apparence est un pur cérébral mais on peut penser que son livre est alimenté par une rage sourde héritée de son expérience personnelle (dans un entretien il révèle avoir été musulman jusqu’à ses 18 ans). Sans doute « L’islam contre la modernité « est-il pour lui un peu plus qu’un livre, c’est une sorte de dette réglée à la France qui lui a fourni ses bagages intellectuels et ses valeurs. Une envie aussi de contribuer à l’émancipation des musulmans vis à vis de l’islam.
Cet engagement personnel est pudiquement caché, il me semble bien réel pour autant. Il fait de « L’islam contre la modernité « un livre particulier, un peu à part dans le paysage de l’édition française actuelle sur l’islam.