J’ai lu en premier Retour à la case départ (édité en 1917). Ces deux romans, à près de trente ans d’écart, ont le même noyau, à savoir l’exploration de sentiments très proches auxquels on a donné divers noms, la frange ténue entre amitié et sentiment amoureux ou encore amour fraternel, toutes ces nuances de l’affection et leurs frontières poreuses. Ils peignent tous deux également des personnages assez similaires (mais pas au même âge), instit et psychologue un peu bohèmes, vivant quand ils sont jeunes de manière désordonnée et mal meublés. Les personnages sont très sympas, du fait de tous leurs petits défauts (mauvaise foi, vanité, partis pris…) La finesse de McCauley consiste aussi à nous transmettre son affection pour toutes sortes de personnages secondaires, comme par exemple les membres de la famille (irlandaise, bruyante, mélodramatique) de George, ou Joley, espèce de vieux beau égoïste en souffrance, toujours en recherche d’affection et de gratification. Molly l’éternelle militante, Howard un peu rasoir mais si aimant. L’auteur ne se moque pas des lacunes et faiblesses humaines, il en prend acte délicatement. De même, on ne trouvera pas de torrents de larmes au sujet de la solitude existentielle, mais elle est pourtant bien là. A cause d’elle, chacun cherche à combler l’avide besoin de proximité qui nous habite, quitte à prendre des chemins de traverse au lieu des solutions traditionnelles, et à inventer son propre clan : Whatever works comme titrait un film de Woody Allen. « Famille, je te hais », est devenu proverbial. Peut-être, mais c’est toujours finalement une espèce de famille aux visages multiples que nous nous créons, que ce soit la bande de potes, l’armée, les voisins de palier, les militants du même parti, les fans d’un musicien, les supporters de la même équipe ou autre tribu. Ce qui est chouette, c’est l’inventivité possible et désormais mieux tolérée. Stephen McCauley nous en donne exemple, il est super attachant.

Nounours30
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le 12 mars 2026

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