Alors qu'ils étaient amants, les deux auteurs ont prit l'habitude de prendre en photo les vêtements emmêlés, jetés par terre, vestiges de leurs nuits d'amour. De toutes ces photos, ils en ont sélectionnés 14 sur lesquels chacun à écrit, de son côté.
Une description d'abord, puis la pensée divagues sur les à côté. Leur rencontre, leur amour, les deuils en commun et celui anticipé d'Annie Ernaux qui souffrait alors d'un cancer du sein, les doutes et puis, finalement, la passion qui s'essouffle...
Le livre se lit très bien. Les chapitres sont assez courts et c'est à chaque fois des nouvelles considérations, condensé de relation oblige. Souvent, Annie et Marc se répondent dans leur texte sans le savoir, parce que telle photo évoque à chacun le même souvenir avec une perspective différente. Il y a quelque chose d'impudique à entrer ainsi dans leur intimité, mais eux-mêmes sont bien plus honnêtes qu'exhibitionnistes. Leur amour, leurs craintes, tout ça a existé et il s'agit simplement de le partager sans honte. La mort qui plane sur Annie n'est pas sans responsabilité dans cette pulsion de vivre qui anime le couple. Comme elle l'écrit à propos du fait de photographier les dernières traces de leurs ébats : "Peut-être aussi ne pouvais-je le faire qu'avec cet homme là et qu'à cette période de ma vie."
Le format original est vraiment le gros point fort du livre. Tout le reste en découle naturellement : autant le regard croisé sur leur relation que la lassitude, les photos perdant de leur sacralité à force d'écrire sur elles.
C'est une lecture que j'ai beaucoup aimé et que je recommande.