L'enfance et l'entrée dans l'âge adulte d'Henri Osewoudt, « héros » de ce livre, sont racontées avec une très grande efficacité et aussi de l'humour, malgré la noirceur du sujet, dans les trente premières pages du livre. Une vie marquée par l'assassinat de son père par sa propre femme, par la découverte par Henri de son physique repoussant, par le mariage avec sa cousine Ria également laide et par une vie d'adulte sinistre, où l'on ne parle pas à ses proches et où Henri a le sentiment qu'il a déjà tout vécu.

Puis tout démarre. Au premier jour de la guerre aux Pays-Bas (août 1939), notre anti-héros rencontre un homme, Dorbeck, qui semble être son jumeau. Fasciné par cet homme qui lui apparaît comme une version réussie de lui-même, Henri entre dans la résistance en suivant aveuglément les consignes de Dorbeck.

« Comprends moi bien : avant de le connaître, je n'avais en fait rien vécu. J'ai épousé ma cousine germaine qui a sept ans de plus que moi, un mariage qui relevait du hasard. Je ne faisais rien, je ne désirais rien, je m'en remettais entièrement au hasard... Le jour où j'ai rencontré Dorbeck, là, pour la première fois, j'ai voulu quelque chose, même si c'était juste être comme lui, rien de plus, même si c'était juste vouloir ce qu'il voulait, rien de plus. »

Écrit dans un style direct et factuel, « La chambre noire de Damoclès» est un texte qui ne porte pas de jugement moral.

« Maman est en prison, et moi je suis ici ! Ça sent bon les petits plats.
Quelle vie aurais-tu eue si ta mère n'avait pas été malade, si tu n'avais pas eu à t'occuper d'elle ? Aurais-tu épousé Ria ? Te serais-tu retrouvé à dix-huit ans dans un bureau de tabac, à l'instar d'un fusilier marin à la retraite ou d'un coureur cycliste invalide ? »

La puissance du livre s'amplifie au fur et à mesure de sa lecture ; le hasard, l'incertitude prennent le dessus, et on est balloté, emmené vers la difficulté grandissante de juger. Avec Henri Osewoudt et son double, « La chambre noire de Damoclès » fait vivre au lecteur de façon unique la difficulté de distinguer le résistant du collaborateur, de percevoir le bien et le mal.

«Morale, éthique et croyance rendent les armes devant la faim. Toute cette belle superstructure, l'homme la laisse tomber quand il a le ventre vide.» (Willem Frederik Hermans, Histoire de la littérature néerlandaise)
MarianneL
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le 24 févr. 2012

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