La Chute
7.6
La Chute

livre de Albert Camus (1956)

Un être brisé par son incapacité à se supporter lui-même. Clamence est obsédé par son image, il n’a jamais vécu pour être bon, il a vécu pour être admiré.

L’arrogance était toujours mieux que la lâcheté. Et quand cette image royale se fissure alors, c’est toute son identité qui s’effondre.

Mais assumer cette erreur signifierait reconnaître qu’il n’est pas ce dieu moral qu’il croyait être. Et ça, pour lui, c’est pire que la mort.

Il n’a pas la force d’être simplement un homme.

Je suis coupable, mais je suis plus lucide que vous, donc je suis supérieur, donc c’est moi qui vous juge. Clamence préfère retrouver désespérément (car oui y’a pas plus désespéré) une supériorité dans son erreur, plutôt que de se haïr un moment.

Il fait tout pour faire plonger les autres avec lui, même plus profondement, mais plus encore, il veut que les autres reconnaissent leur culpabilité pour pouvoir supporter et justifier la sienne. Il ne cherche point la vérité, mais un équilibre psychologique; que tout le monde soit abject pour ne plus être seul, pour ne plus l’être.

Sa chute lui a fait se rendre compte de sa solitude, de sa faiblesse, qu’il doit rapidement combler et contrôler.

Clémence sait qu’il n’a aucune issue, sauf la mort qu’il fantasme parfois et qui trahit sa soi-disant supériorité. Il ne peut oublier, assumer, changer, pardonner son acte, redevenir lui, alors il ne peut que se débattre dans sa chute.

Le rire le poursuit alors.

La vraie tragédie n’est alors pas l’acte sur le pont mais le refus de regarder l’acte en face et ce que cela dit de lui. Il n’est pas un monstre, mais un homme n’ayant pas la force d’être vulnérable. Tout son discours, cette chute qu’il veut si spectaculaire est révélatrice pour celui qui l’écoute, n’est qu’une façon désespérée de se masquer son hypocrisie, ou plutôt, sa culpabilité, avec beaucoup d’hypocrisie.

On sait qu’il sait.

Il essaye de faire de sa culpabilité, une force ; sa lâcheté devient pour lui lucidité, échec devient théorie, misère devient logique, désespoir devient discours. Brillant intellectuellement en surface, morbide et sado dans le fond.

Le doute transparaît, tout le temps, dans ses aveux, ses plaisanteries, ses élans de lucidité, ses phrases trop longues, son obsession de convaincre, ses allusions lucides. Il essaie de se forcer de croire en son propre discours.

Il savait que son interlocuteur était avocat ? Sûrement pas. Ce n’est qu’un argument pauvre pour continuer de faire croire en sa clairvoyance.

Ça c’est ce que je pense, et ce que j’écris à chaud (quoi que retravailler), juste après avoir fini. Je pense que cet homme est tombé en enfer, et que au lieu d’en sortir en demandant pardon, se laisse tomber, de plus en plus profondément, et souhaite se complaire en enfer, quitte à ne pouvoir en sortir. Il se persuade d’être le roi des enfers si je puis dire. En d’autres termes, on ne nous (me ?) l’a fait pas ! D’ailleurs, c’est peut-être ce que l’avocat qui l’écoute pense. Globalement je pense qu’il y a deux issues pour les lecteurs de ce livre : “il a raison dans son pessimisme” “Je suis optimiste et il a tort”. Vous l’aurez compris, moi je suis optimiste et pense qu’il a tort, mais peut-être que j’ai tort... Il n’y pas selon moi de bonnes (mauvaises ?)  issues de lecture, les deux tiennent la route, c’est là que c’est Intéressant !

Canet0n
9
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le 27 janv. 2026

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