Résumé
Une conclusion légèrement décevante qui plombe un peu le bilan général de cette saga pourtant prometteuse.
Détails (et spoilers)
Difficile de parler de ce tome sans évoquer plus largement l'ensemble de l'œuvre. Avec 9 tomes et plus de 6 000 pages, The Expanse est une saga très dense, dans laquelle les auteurs ont pu développer un vaste univers narratif et de nombreux personnages. Les évolutions progressives des tomes précédents ont posé les bases et les prolongements de cette conquête spatiale avec la fameuse protomolécule et le portail vers les 1 300 mondes.
Mieux, certains tomes de la saga nous ont plongé dans les relations géopolitiques et les conflits diplomatiques entre différentes entités (Terre, Mars, Ceinture, etc.) avec une certaine pertinence - y compris dans la reprise d'une figure assez peu originale de l'empereur galactique autoritaire via le personnage de Winston Duarte.
Cela étant, la qualité des tomes n'est pas toujours la même et le défaut le plus flagrant de The Expanse est probablement sa lenteur excessive. Le style littéraire étant souvent très scolaire et surtout beaucoup trop répétitif. Rien que sur ce tome 9, je pense qu'il y a bien dix mentions de grincements des parois du vaisseau pour exemplifier la solitude dans laquelle se retrouve tel ou tel personnage. Et plus largement, le rythme des romans, et de ce dernier notamment, est trop peu intense et régulièrement alourdit par des descriptions qui lassent rapidement, et d'autant plus lorsque l'on a atteint les milliers de pages.
Heureusement, ce niveau de détail et le format roman choral a aussi donné la possibilité aux auteurs de bien développés leurs personnages et d'affiner leur personnalité. Ce qui est un des gros points forts du roman et qui permettra d'approfondir les dilemmes philosophiques, en usant du manichéisme avec une certaine réussite. Tout en variant les palettes de personnalités et de réactions face aux évènements grâce à une gamme de personnages bien écrites. James Holden et Naomi Nagata en étant les meilleur·e·s représentant·e·s
Toutefois, le revers de la médaille d'une telle construction peut s'avérer terrible au moment de la conclusion. Et sans utiliser de termes trop négatifs, on peut tout de même regretter que cet ultime roman ne réussisse pas mieux les adieux de personnages pourtant si bien construits. Et s'il n'est pas nécessaire d'en faire des tonnes, je trouve ça assez dommageable d'avoir fait des adieux expéditifs et disons le, mal écrits, alors que la profondeur des relations entre les membres du Rossinante permettaient de conclure sur du très lourd. La pauvreté des dialogues dans les dernières pages étant symboliques de ce raté.
Globalement, La Chute du Léviathan conclut assez moyennement cette saga tant il n'est pas à la hauteur des possibilités de l'univers proposées depuis 9 romans. Les événements finaux sont assez peu emballants, voire prévisibles et la narration n'amène pas ce petit surplus d'émotion qui paraissait pourtant évident au moment de conclure une aventure si dense. Pire, sans parler d'une morale, le propos final est assez mièvre et conclut un tome qui, malgré quelques qualités, refermera avec minimalisme une saga qui avait un potentiel bien plus grand, notamment au niveau politique. Et qui avait d'ailleurs le mérite d'une écriture politiquement intéressante dans la représentation de ces différents personnages.
On se consolera en essayant de voir dans cette fin une critique de l'expansion coloniale. Mais c'est un peu maigre.
6/10
[Édition lue : Publiée le 4 octobre 2023 chez Actes Sud dans la collection Babel ; EAN : 9782330183813].