Très curieux à l’idée de découvrir le premier livre de Paul Gasnier, que je suis à travers ses reportages pour Quotidien, j’ai abordé cette lecture avec autant d’empathie que de curiosité face à un drame que je ne connaissais pas.
Paul Gasnier donne le ton dès son introduction impeccable : un parallèle entre le reportage qu’il effectue au sein d’un meeting de Zemmour et son histoire personnelle. Après ce parallèle, la description poignante de l’annonce de l’accident de sa mère, le bref passage à l’hôpital puis finalement la crémation de cette dernière. Le tout avec une pudeur que l’auteur ne quittera jamais au fil des 161 pages.
Le récit de cette collision porte judicieusement son titre. Collision physique entre deux individus et collision symbolique de deux mondes. Le style est remarquable, l’écriture y est à la fois soutenue et accessible, écrite et semble pourtant parlée.
Mais cette pudeur dont je parlais, si digne soit-elle, crée parfois une certaine distance dans le récit. Pire encore, une certaine « bien-pensance », dont l’auteur s’en défendra pourtant pour mieux la nier, m’a gêné, voire énervé. Car oui, comprendre n’est pas excuser. Car oui, les déterminismes existent. Mais j’ai senti, sûrement à tort, que l’auteur, en tentant de les éclairer, finissait par absoudre ceux qui en sont les produits. Comme si la compréhension du contexte devait peser plus lourd que la responsabilité de l’acte. C’est une forme de retournement de l’échelle de valeur qui m’a profondément mis mal à l’aise. Tout comme le fait que l’auteur ne prendra pas position face aux quatre années d’emprisonnement que constituent la peine du tueur « involontaire », du responsable non responsable. Personnellement c’est une peine qui me révolte, compte tenu des circonstances aggravantes que Gasnier décrit lui-même et de ce qu’on découvre par la suite du parcours de cet individu.
Je ne demande pas un livre politique, mais j’aurais souhaité que le journaliste se mette en retrait et que l’émotion et l’opinion du fils, la chair de ce drame, prennent le dessus. Cela aurait donné au récit sa pleine humanité.