[Les Communards] choisirent d’agir dans la légalité. Jusqu’alors, une révolution de Paris tranchait du sort de la France : le peuple parisien s’investit d’une légitimité coutumière qui surpasse toute légalité. Elle ne parut pas suffisante aux insurgés de 1871, bien peu sûrs d’eux-mêmes. (p. 53)
Le rejet de tout compromis est venu de l’obstination haineuse de l’Assemblée [versaillaise]. (p. 58)
Faute évidemment de temps, l’œuvre de l’Assemblée communale fut mince. Le sens en est confus : cette Commune, était-ce une municipalité dotée de pouvoirs exceptionnels, ou le gouvernement de cette utopique république de Paris qu’on a évoquée ? On tâtonna pendant ses 57 séances. Ses membres eux-mêmes paraissent mal satisfaits du travail accompli : “Nous ne sommes, dira Édouard Vaillant, qu’un petit parlement bavard”, ou Billioray : “La Commune passe son temps à des niaiseries.” (p. 62)
On a fait volontiers grief à la Commune du “sacro-saint respect” avec lequel elle s’arrêta devant la Banque. Quelques-uns songèrent à s’en emparer. Il semblait que Paris eût là une arme redoutable. En réalité, l’essentiel de l’encaisse métallique, seule vraiment utilisable, avait été évacué sur Brest […]. Et surtout, s’en prendre à la Banque, c’était risquer l’écroulement du fragile système parisien et français d’escompte, provoquer un effondrement monétaire. La Commune, qui ne se voulait que de Paris, se refusait de toute façon à toucher à un établissement qui appartenait au pays entier. […] Tout ce qu’on pouvait imaginer, c’était, panacée douteuse des systèmes socialistes du moment, la transformation de la Banque en Banque du peuple, des associations ouvrières. Affaire de longue haleine, et nationale. (p. 70-71)
Mais l’idée décentralisatrice, déjà “communaliste”, trouve sa véritable origine dans la réflexion des “communistes” des années 1840, pour qui, si la révolution sociale doit égaliser les conditions, la parade aux restrictions des libertés que les contraintes égalisatrices ne manquent pas d’entraîner est à chercher dans un affaiblissement maximal du pouvoir central, un développement maximal de la démocratie directe : une “anarchie” bien tempérée. L’égalité ne saurait être que librement consentie et organisée. (p. 79)
On se méprend souvent sur la nature du jacobinisme révolutionnaire et sur ce qu’il représente en 1871 si on le réduit au projet d’une dictature autoritaire de Paris imposant sa volonté centralisatrice à la France. La politique de salut public avait été imposée en 1793 par des circonstances d’exception. On n’oubliera pas pour autant combien avait été grand le souci décentralisateur des hommes de l’an I, qu’on retrouve constamment dans la Constitution de 1793 (p. 81)
Pour ceux, lointains, haineux, qui se sont rangés dans le camp de Versailles, ce qui se déroule à Paris ne peut être que le déchaînement de l’orgie rouge […]. Amis ou hostiles, ceux qui ont été des témoins directs s’accordent pourtant à décrire dans la ville une atmosphère, de paix, de tranquillité retrouvées. (p. 84)
Le peuple redécouvre sa souveraineté « native », sans limites et « diffuse ». Redécouverte qui ne peut que le mettre en conflit avec ceux qu’il institue comme « gérants » de sa révolution : très vite il est apparu que la Commune perdait contact avec la réalité populaire. […] Il fut impossible de mettre de l’ordre dans le joyeux désordre de la Garde nationale. Contradiction bien aperçue par un témoin : « Rêver de discipliner cette fantasia guerrière, de hiérarchiser ces égaux, n’est-ce pas vouloir qu’une révolution populaire ne soit plus une révolution populaire ? » (p. 88)
Dans sa conduite quotidienne, le révolutionnaire doit être « énergique ». Il doit être vertueux : “Mort aux voleurs !” est le mot d’ordre de toute révolution. Pas de réunion, d’ailleurs, qui n’exige la suppression immédiate de la prostitution, l’arrestation des ivrognes. (p. 91)
[Versailles] procéda à des massacres systématiques. Ils ne peuvent s’expliquer seulement par l’énervement des troupes, ou la sauvagerie des corps à corps de guerre civile. Les exécutions sommaires […] se firent massives, œuvre moins des troupes régulières que de corps spéciaux qui ratissaient les quartiers, arrêtaient au moindre soupçon, exécutaient. Les fédérés y répondirent par l’exécution des otages. (p. 115)
Le chiffre de 10 000 victimes [parmi les Communards] serait aujourd’hui le plus plausible, et il reste énorme pour l’époque. La responsabilité de la répression incombe premièrement aux généraux de corps d’armée, bonapartistes ou monarchistes […] ; ils laissaient faire des subordonnés impitoyables, […] quand ils n’ordonnaient pas eux-mêmes. […] On ne semble pas, à l’état-major, au gouvernement à Versailles, s’être d’abord rendu compte de la férocité de la répression et on avait réellement donné des ordres de clémence. Il est trop facile de faire de Thiers le “nabot sanglant” qu’on a dit : il couvrit, et c’est bien assez. (p. 116-117)
On se souviendra aussi que la Commune patriote a servi d’instrument, d’alibi dévoyé contre la République, à un tout autre camp : des communards, non des moindres, se sont retrouvés aux côtés de Boulanger, général versaillais, médiocre fauteur de coup d’État, et se laisseront tenter par le nationalisme anti-sémite de la fin du siècle. (p. 122)
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le 17 mai 2026

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