Les oiseaux qui s’élancent vers le Simorgh partent en quête d’un roi ; ils découvrent une absence de roi, ou plutôt une souveraineté renversée : l’inconnu qu’ils cherchent leur renvoie leur propre visage. Chaque étape du voyage dépouille un attachement, un mensonge intérieur, une illusion de maîtrise. On finit par comprendre que l’oiseau mythique n’est pas une créature à trouver, mais une capacité à se regarder sans fard.
L’écriture d’Aṭṭār est incantatoire. On y sent le souffle soufi, ce travail patient de désencombrement qui fait de l’âme un espace respirable. La phrase du Simorgh « Le soleil de ma majesté est un miroir » résume tout : l’Ultime n’apparaît jamais sous une forme étrangère. Il s’approche en nous ramenant à nous-mêmes, parfois avec une douceur déconcertante, parfois avec l’intransigeance de la lumière crue.