J'ai bien aimé ce bouquin. Globalement, j'aime bien ce que fait Chattam. J’ai lu les 7 tomes d’Autre-monde, sympathiques sans être transcendants. J’ai également lu La patience du diable que j’ai trouvé très bien écrit et super bien construit.
De son côté, cette Conjuration Primitive reste un cran en dessous selon moi. Les points forts sont indéniablement une certaine qualité d’écriture et un titanesque travail de recherche sur le fonctionnement des enquêtes policières en France. D’un autre côté, je reproche des personnages assez transparents, sans réelle profondeur. Comme si ce qu’ils vivaient n’avait pas d’incidence sur leur vie, leur moral.
Je souligne un début de roman et d’intrigue qui vous plonge immédiatement dans une ambiance très travaillée. Le premier chapitre, tout particulièrement, est un exemple à suivre pour tout jeune écrivain qui se lancerait dans son premier roman. En un chapitre, tout est posé: le style, l’intrigue, l’ambiance.
Pour le reste, l’enquête et les recherches policières sont criantes de vérité. Les dysfonctionnement, l’utilisation de l’informatique, la collaboration des entreprises privées… on est à fond dedans et tout sonne très vrai.
Par contre, je reproche le manque d’implication émotionnelle de nos héros. Dans un premier temps je suis surpris du sort réservé à Alexis (tout ça pour ça?), qui finalement n’évolue pas ou peu. Cette enquête ne le fait pas changer, sa vie reste la même qu’avant. Et c’est là un reproche global. Ce livre n’est q’une enquête, rien de plus. Je trouve qu’il manque cruellement l’aspect vie privée des personnages. Je trouve un peu cavalier, voir facile, d’annoncer nos héros comme marginaux, célibataires, histoire de se débarrasser de cet aspect. Alors qu’il aurait été intéressant que l’enquête les dévore, mange leur vie privée.
Idem pour Mikelis. Ce personnage avait un énorme potentiel, il devait être un phare dans la nuit pour les enquêteurs. Il aurait même pu y avoir une sous-intrigue nous laissant croire qu’il était du côté des meurtriers. Malheureusement, au fil des pages, il devient transparent et s’efface presque totalement lors de l’enquête de Ludivine. C’est dommage, sa psychologie aurait pu être plus fouillée.
Et enfin, c’est le même topo pour Ludivine qui ne craque jamais et qui traverse cette oeuvre comme une super héroïne. Ce que je veux dire, c’est que le romancier à beau nous dire que l’enquête est dure pour elle, on ne le ressent jamais dans ses actes, sa façon de procéder ou de penser.
En bref, et pour conclure, La Conjuration Primitive est un bon bouquin de plage mais il ne se hissera pas plus haut à cause de personnages trop superficiels et ce malgré une enquête bien ficelée. Tout ceci aurait mérité plus de complexité.
Je note aussi certaines expressions vieillottes à s’en taper la tête contre les murs (“ses billes noisettes”, non mais faut arrêter, on dirait du Agatha Christie) ou des dialogues mal branlés et peu vraisemblables, style, “tu ne me sauteras pas, hein?”. Putain, mais qui parle comme ça? C’est nase!
Maintenant il faudrait que je lise d’autres Chattam car j’ai l’affreux sentiment qu’il fait un peu toujours la même chose.