On nous prend pour des cons, juré !
Aparté troublant : Je ne sais pas pourquoi mais il me semble que La Conjuration primitive existe depuis des années. Ce titre m'est familier depuis bien avant 2013, et je l'associais déjà à Chattam. Jamais je n'avais lu ou ne m'étais approché de son oeuvre et voilà qu'un livre paru quand je n'étais sur le continent me donne la sensation d'avoir toujours existé. Bon, commençons.
D'abord, c'est relativement mal écrit. Sans être horrible à lire, la répétition, l'abus d'expressions souligne une pauvreté de vocabulaire flagrante. Il y a bien ici et là des éclairs de génie, dans les descriptions de paysages ou de scènes de crime qui rendraient jaloux Hannibal Lecter mais le reste tient moins de la littérature que du cinéma. "Faire sens", s'il est déjà un affreux barbarisme, écorche profondément le francophile averti par sa récurrence. S'il-vous plaît, monsieur Chattam, remplacez vos "faire sens" par "se tenir", "être sensé, logique", "sembler solide" ou autre synonyme mais laissez leur "make sense" aux britishs et nos moutons seront bien gardés.
Si l'on met de côté la littérature, on peut reconnaître que l'intrigue brille par son ampleur. On arrive à en apprendre sur des pratiques nazies méconnues et sur des groupes dont l'existence est plus que probable. Ces réunions de déviants devraient nous conduire à nous méfier davantage des numismates, on ne se méfie jamais assez des numismates. La fin de l'intrigue part complètement en bonbon, digne d'un Steven Seagal en grande forme, c'est un peu nul mais je dois avouer n'avoir pas meilleure idée de conclusion, il aurait été préférable de continuer sur le registre de l'horreur plutôt que de la guerre, le Straw Dogs de Peckinpah s'en sort bien mieux sur la bestialité révélée en l'humain.
L'inégalité des perspicacités des enquêteurs est déplorable, certaines évidences leurs prennent des plombes quand les plus brillantes épiphanies sont parfois précipitées. C'est particulièrement vrai pour les traces de morsures dont ils ne devinent jamais la source alors qu'il suffisait d'appliquer la doctrine sherlockienne : Retirons l'impossible, ne reste que le sensé. C'est assez contrariant de se retrouver à insulter des détectives qu'on nous a vendus comme des génies. La déduction qui les mène au Canada est bâclée au possible, simple prétexte à la progression scénaristique, c'est factice au point de m'avoir décroché, heureusement qu'il y avait des explosions pour me coltiner un semblant d'intérêt. Non, en fait, cette partie était vraiment nulle.
Mention spéciale à la déformation physique des personnages, je suis assez certain que les psychopathes et autres sociopathes n'ont pas des yeux de requins d'une infinie noirceur dans la vie réelle mais je peux me tromper, le monde serait effectivement bien plus simple si les salauds étaient reconnaissables au physique.
N'en jetons plus, La Conjuration primitive n'est sûrement pas un bon roman mais tient du divertissement qui se permet de nous apprendre deux-trois leçons d'Histoire, et c'est déjà pas mal.