La Conversion
7.7
La Conversion

livre de James Baldwin (1953)

Ce que j'ai beaucoup aimé dans ce livre, c'est la grande précision avec laquelle Baldwin parle de la religion dans les communautés noires. Il ne la condamne pas d'un bloc en expliquant que c'est un des instruments qui maintient la communauté noire américaine dans l'avilissement et la servitude et pérennise la structure hiérarchique de la famille et des relations hommes femmes. Même si, au fond, c'est ce dont le roman parle.

Chaque personnage de ce roman vit sa foi selon la forme que prenne leur vie. La foi religieuse est toujours présente, quand ça va mal -Dieu m'envoie une épreuve qu'il faut que je surmonte - et quand ça va mieux - Dieu me récompense et je ressens par mon bonheur sa présence. Cette complexité du rôle que joue la foi est particulièrement visible dans la section parlant de Gabriel, le prédicateur rigide et violent du roman. Il est évident que Gabriel, malgré tout le mal qu'il ait fait, croit sincèrement par le biais de ses révélations que Dieu existe et qu'il lui pardonne. Il est évident aussi que la foi a agit - pour le mieux?- pour faire de lui un homme plus vertueux qui contrôle ses pulsions et permet à sa chaire de leur faire ressentir la puissance de Dieu. Surtout que Gabriel semble être le personnage du roman qui a la vision la plus précise de la foi. Sa logique est imparable d'un point de vue religieux; on ne peut considérer la religion comme le cheminement d'une vie où l'on pèche dans sa jeunesse, on doute entre deux âges et où l'on devient croyant à la fin de sa vie. Si la révélation survient dès sa vingtaine, il ne faut pas renvoyer de manière hypocrite le moment où l'on agira convenablement d'un point de vue chrétien à un temps ultérieur. Il faut agir selon les préceptes de Dieu ici et maintenant, même si l'on est encore jeune. Surtout la révélation n'est pas la confirmation que notre âme est sauvée, mais le début de la rédemption et la mise à l'épreuve permanente, par la prière et les actes, de notre salut. Car si Dieu arrive, il sera trop tard pour bien agir, il faut se préparer à lui donner notre âme avant son arrivée. Bref, Gabriel est celui dont la foi semble la plus solide d'un point de vue philosophique et théologique et pourtant c'est celui qui agit le plus mal! Une condamnation de la foi? Non. Une condamnation de l'hypocrisie des hommes de foi? Pas sûr, tant Gabriel semble persuadé qu'il agit correctement. Surtout que Baldwin semble être érudit sur l'exégèse chrétienne. La perception de la religion dans ce roman, et c'est sa force, est donc extrêmement nuancé, et si il n'appartenait qu'à moi de le dire, vu plus positivement que négativement. D'autant que la lecture religieuse des noirs américains sur la religion semble à certains égards émancipatrice : Baldwin fait croire à ses personnages que de la même manière que dans la chrétienté, les derniers sont les premiers et les orgueilleux qui sombrent dans la luxure et les plaisirs terrestres verront les portes du paradis se refermer, dans l'Amérique actuelle, les Noirs ont un accès privilégié au royaume de Dieu, tandis que les Blancs rejetant les noirs dans la servitude et profitant à fond des plaisirs de la ville, se feront punir par Dieu.

Une drôle de fin quand même. On ne sait pas si l'épiphanie de John est le début de son émancipation ou s'il prend au contraire le même chemin que la vie de son "père". Le roman devrait quand même aboutir à un rejet de la religion par John, et pourtant il se termine par cette fin étrange et, un peu, décevante.

Onon__
7
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le 24 juin 2026

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