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le 17 oct. 2017
SuivreParis, la ville du péché !!!
L'Empire allait faire de Paris le mauvais lieu de l'Europe. Il fallait à cette poignée d'aventuriers, qui venaient de voler un trône, un règne d'aventures, d'affaires véreuses, de consciences...
J’ai choisi ce titre car il résume bien le livre : une bande de magnats endimanchés qui, grâce à leurs délits d’initiés, s’enrichissent toujours plus et avec une facilité déconcertante (comme quoi, on n’a pas attendu Donald Trump pour ça). Assis sur un tas d’or et de pierres précieuses, comme des demi-dieux sur un mont Olympe posé à même une mare de boue et de misère, ils dépècent et éventrent la capitale. Avec leurs gants blancs et leurs airs de bonne famille, tous ces messieurs polis et bien mis me font penser aux jeunes de Funny Games : ce sont des êtres sans empathie et cruels, qui refusent cependant de se salir les mains.
Bien sûr que j’aime une histoire d’amour interdite (et pas des moindres, l’interdit social suprême à savoir l’inceste).
C’est difficile de ne pas se reconnaître en Renée, une Parisienne blonde de 30 ans qui porte le même prénom que ma grand-mère, et qui est née 150 ans avant moi.
Renée vit une belle vingtaine, en « colocation » (c’est le terme employé par Zola) dans un palace digne d’un sultan, avec son mari (un financier qu’elle ne voit jamais et avec lequel elle n’a plus de rapports) et le fils de celui-ci, Maxime, qui n’a que 7 ans d’écart avec elle et qui, comme elle, est oisif et ne pense qu’à s’amuser, s’habiller, se promener, paraître.
Comme tous les enfants qui ont grandi dans le luxe, la luxure et la décadence avec ce père amoral, Maxime est blasé, un brin cynique, et comme il a aussi été élevé par sa jeune belle-mère joueuse et irrévérencieuse, qui l’a formaté à son image, il est insolent, aime les cancans, les ragots, se moquer du Tout-Paris qu’il côtoie de manière très précoce grâce à elle. C’est un étrange gamin à peine sorti de la puberté, très passif et lascif, avec des manières très féminines qui lui donnent du charme quand l’argent de son père lui donne du pouvoir.
Il est le compagnon (presque au sens d’animal de compagnie) de Renée, d’abord son petit homme qu’elle materne comme une poupée mignonne, puis son confident avec qui elle compare ses souvenirs d’enfance et se livre, puis son ami (ils partagent le même sens de l’humour : caustique, railleur). En grandissant, il la sort au théâtre, lui fait à son tour découvrir de nouvelles choses, des bals masqués peu recommandables pour une dame de son rang… Elle finit par tomber amoureuse de lui.
En un sens, c’était écrit : elle est seule, très désœuvrée, elle n’apprécie plus particulièrement les soirées mondaines qu’on donne chez elle tous les jeudis, elle est lassée de cette routine superficielle, sa curiosité pour le monde est trop grande pour se satisfaire de cette vie-là : elle veut des conversations mordantes et spirituelles sans fin, un amour intense et charnel, presque absolu, elle veut connaître le péché et le mal de plus près, parcourir tout Paris en calèche, être invitée à la cour et paraître dans des créations vestimentaires toujours plus originales qui font d’elle la it-girl parisienne. Elle veut patiner au Bois avec grâce, choisir les matériaux et les couleurs de sa chambre et de sa salle de bain avec goût. C’est une femme curieuse qui aime le beau, originale et à l’avant-garde en termes de style. Elle juge et méprise ses semblables, ne laisse que peu de proches pénétrer son intimité et sa vie intérieure. Elle a beaucoup d’honneur, n’est pas prête à se vendre ou se compromettre pour quelque chose qui ne trouve pas grâce à ses yeux. Elle n’a pas grandi dans le luxe mais seule dans un pensionnat de petites filles abandonnées et délurées, elle a été pervertie et blessée très jeune après un viol, et sa position sociale est un coup de chance. Elle jouit pleinement du luxe qui lui est offert mais n’a pas d’attrait particulier pour l’argent.
Bref, j’ai aimé Renée, une Madame Bovary, une insatisfaite chronique (« Je veux autre chose », sans trop savoir quoi), qui sombre dans la mélancolie car toutes les jouissances du monde ne lui suffiraient pas. Elle paraît très moderne, elle « fait l’amour comme un homme » dans la serre aux plantes exotiques enivrantes, elle est sensible au sublime de la nature, que ce soit au Bois de Boulogne au coucher du soleil ou dans sa serre remplie de belles plantes sauvages comme elle, qui comblent un peu ses besoins d’ailleurs et de grandiose. Elle aime l’idée qu’elle se fait des choses et non les choses elles-mêmes. Elle aime les premières fois, choquer le bourgeois par ses tenues toujours plus dénudées, pervertir son jeune beau-fils, elle aime transgresser les règles.
J’ai un peu moins aimé les longues descriptions des arnaques et escroqueries en tout genre de son mari pour littéralement croquer Paris à pleine dents de loup, en rachetant des immeubles sur le tracé des grands travaux Haussmaniens, des boulevards entiers, pour toucher ensuite des primes d’expropriation gonflées à la hausse par ses soins du fait de sa position à l’Hôtel de Ville. Mais la description de ce provincial ambitieux est amusante, il est toujours dans une fuite en avant, et dépense tout l’or qu’il touche dès qu’il l’a en poche, il est roublard prêt à tous les coups et à duper son monde. Il n’a pas réellement le sens des affaires (« il est doué pour faire tomber des louis d’or mais pas pour les ramasser ») mais est très opportuniste et sans foi ni loi. Tout est affaire pour lui. Comme Renée, ça m’ennuie profondément, sinon je serais toujours au BCG.
Toute la description de cette haute société bourgeoise parisienne est incroyable, haute en couleur, le point culminant étant les tableaux du mythe de Narcisse et Écho. Zola, comme M. Hupel de la Noue, le préfet qui met en scène ces tableaux vivants, nous présente à nous lecteur des décors et costumes d’une grande esthétique, nous donne à voir des boudoirs magnifiques, des costumes et bijoux splendides, des salons et jardins aux détails remarquables…
Bref, j’ai beaucoup aimé La Curée, pour la personnalité de Renée et celle de Maxime, les « tableaux » fastueux et les scènes d’amour si poétiques notamment dans la serre exubérante et moite aux fleurs du mal (empoisonnées et carnivores) qui se fait l’allégorie des désirs insatiables de cette avide Renée.
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le 13 août 2026
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