Voilà un essai qui m'a fait du bien, car il place au coeur de ses réflexions la communauté. Non, la tradition, les rituels, la religion, ne sont pas forcément des trucs de réac. Byung Chul Han m'a sorti de ma zone de confort, sans passéisme ni nostalgie mal placée pour un supposé âge d'or dont on serait sorti. Il est, comme attendu, sans concession vis-à-vis de l'individualisme exacerbé des sociétés occidentales, qu'il relie évidemment au capitalisme.
Il démontre à quel point notre rapport au monde a perdu de son intensité : on n'éprouve plus la durée, on ne s'attarde plus, on ne loge plus le monde, on ne perçoit plus ce qui "dans le temps, demeure". Précisément ce que faisaient les rituels auparavant.
Il suggère de sortir de cette société du travail et de la production pour atteindre une société de fête, car la fête unit les hommes dans le jeu, dans la consécration de la forme, du mystère, de l'ambiguïté, et finalement dans un nouveau rapport à la mort. Contrairement au capitaliste qui la refuse et la repousse, le fêtard - pas celui d'Ibiza mais celui du quotidien, celui qui rit du sérieux - invite la mort, le défie, l'accepte.
L'émancipation individuelle vis-à-vis des traditions souvent archaïques a eu les bienfaits que l'on connaît. Mais l'individu s'est immédiatement aliéné un autre type de domination, plus sous-jacent. L'émancipé a perdu sa souveraineté là où il a gagné en liberté individuelle. Cet essai invite à identifier cette domination, à s'en débarrasser, et à se laisser le droit de valoriser les bénéfices de nos traditions abandonnées.