Aujourd'hui, je prends la plume pour une oeuvre que j'ai lue en premier lieu sous sa forme dessinée, puis dans sa forme intégrale. La Guerre éternelle de Joe Haldeman (Prix Hugo 1976) est un classique de la science-fiction dite militaire tout en étant à l'opposé des oeuvres de ses anciens que sont Herbert, Asimov et surtout Heinlein. Le premier tome est paru en 1974 et a été aussitôt traduit dans la langue de Molière. Joe Haldeman a été muti-primé au cours de sa carrière et il le mérite par l'ampleur des thèmes qu'il aborde. Il obtient le Hugo en 1976 pour La guerre éternelle qui est son premier roman. Cette oeuvre est écrite à partir d'une nouvelle qu'il a écrite en 1972 au cours de son séjour probablement au Vietnam en tant que soldat de l'Oncle Sam.
Ce roman est tout sauf militariste ( je ne vais pas parler ici de son pendant, Etoiles, garde-à-vous, qui est pour certains le summun du fascisme à la John Wayne et du colonialisme U.S. et pour d'autres une parodie). Et ben si! Starship Troopers a été publié sept avant par Robert Heinlein. Toutefois, Haldeman a affirmé que La guerre éternelle n'est en rien une réponse à son aîné qui a été soldat lors d'un conflit que l'on pourrait qualifier de "juste", à l'inverse de la Guerre du Vietnam. D'ailleurs, Heinlein aurait reconnu les qualité de La guerre éternelle.
Dans ce premier roman qui connaîtra des suites, Haldman décrit une guerre absurde et éternelle, se prolongeant sur des siècles et même un millénaire, 1143 ans pour être plus précis. Cette temporalité s'explique L'humanité va affronter une espèce alien qu'elle ne comprend absolument pas étant donné que cette dernière est composée de clones, d'où une structure sociale opposée. Ainsi, dès la première rencontre, ce sont les humains qui s'avèrent être les barbares, massacrant à tout va, même leurs congénères et d'autres espèces aliens débonnaires, en plus des Taurans. Ce n'est que quand l'humanité va elle-même être composée de clones plus ou moins bienveillants, qu'elle arrivera à composer avec l'ennemi nommé les Taurans.
La guerre débute en 2024. Nous sommes donc désormais avec un récit uchronique comme d'ailleurs l'écrit aujourd'hui l'auteur. Le roman est en quatre parties et suit la progression dans la hiérarchie militaire du principal actant de l'oeuvre, William Mandela. Je n'ose pas penser que ce patronyme n"a pas été donné en hommage à un certain prisonnier du régime d'Apartheid prénommé Nelson.
En fait, Mandela va rapidement être accompagné par une femme, elle-même militaire. Il faut noter par là que le roman propose une société où les inégalités de genre n'existent plus. Nous avons des commandantes de vaisseaux qui se sacrifient. Nous avons une société humaine qui va privilégier l'homosexualité et où les naissances ne seront plus le fait des ventres des femmes.
Nous avons donc un couples de militaire, Mandela et Potter. Il faut noter que Haldman nomme son héroine du nom de sa propre épouse. On voit par là l'importance de son vécu dans l'oeuvre de l'auteur. Nous avons donc un couple pour héros qui ont parfois des chemins opposés mais qui arriveront final à fonder une famille. Je sais, je divulgâche, mais pour une fois qu'un roman se finit bien. Mais ici rien de larmoyant au contraire. Nous sommes dans une réalité dure, où les corps sont meurtris, découpés... sans parler des esprits malmenés jusqu'à la folie.
Les progressions de Mandela et de Potter dans la hiérarchie militaire sont en elles-mêmes absurdes. Le soldat Mandela devient commandant en quelques campagnes alors qu'il n'a aucune compétence comme il l'admet lui-même. Mais les pertes sont telles que le couple que forment Mandela et Potter deviendra une exception dans le monde colonisé par l'espèce humaine.
Ce conflit absurde fait d'escarmouches, de massacres perpétrés par les deux camps, s'allonge sur plus d'un millénaire en raison d'une technologie nommé le saut collapsar qui peut faire penser aux trous de ver. Les vaisseaux spatiaux sautent dans des collapsars, des étoiles en effondrement, lui permettent de traverser l'univers. Toutefois, il y a un inconvénient de taille. Pendant que les soldats voyagent dans des caissons pendants plusieurs mois, le temps s'écoule beaucoup plus rapidement dans le reste de l'univers et notamment sur Terre. Ainsi, lors de son premier retour sur la planète bleue, Mandela va retrouver sa mère mourante abandonnée par la société car trop âgée et un petit frère plus âgé. Ainsi, au fil des campagnes, Mandela et Potter se retrouvent dans un monde de plus en plus étrange, incompréhensible pour une femme et un homme nés à la fin du XXè siècle.
L'aspect des campagnes militaires, décrites avec minutie et montrant la violence de l'homme, les techniques utilisées allant du missile inter-planétaire jusqu'au simple glaive, et celui des évolutions politiques connaissant la Terre sont les principaux thèmes présents dans le roman. A chaque fois que les vétérans reviennent sur Terre, ils sont totalement déphasés. Mandela et Potter comprennent de moins en mois le monde où ils sont nés. Haldman montre que quand on a été soldat, le seul avenir est de le demeurer . Vous avez compris que l'on n'est pas loin du roman Rambo. Tout est fait pour que les vétérans résignent car on ne leur propose rien à leur retour à la vie civile et leur pension n'est qu'une peu de chagrin. La Terre leur est désormais interdite.