- Édition lue : publiée en février 1999 aux éditions Folio. EAN : 9782070407156.
Résumé
Poursuivant certains sujets évoqués dans La Place, La Honte tire le fil d'un moment de choc pour en exposer les atours.
Détails (et spoilers)
Sans se départir de l'écriture "plate" qui la caractérise, Annie Ernaux décortique ce sentiment de honte de l'été 52. En partant de ce souvenir de violence conjuguale, elle tisse la toile d'une enfance marquée par la morale religieuse et la crainte du "quand dira-t-on". Ainsi, la honte ressentie vient peut être autant de la violence de l'acte que de ses conséquences sociales s'il venait à être connu des personnes gravitant autour de la jeune Annie et de ses parents.
La simplicité de l'écriture peut déplaire, mais j'apprécie cette description sans artifices apparents de parcelles de vie et ce travail sur les souvenirs. C'est bien l'autrice qui sélectionne mais c'est à nous de tirer les fils des faits énoncés. La relative froideur de l'écriture n'accentue pas une sensation pour nous contraindre à en épouser la signification unique. Elle permet d'accumuler une multitude de micro évènements d'apparence banale pour donner à voir l'existence d'une jeune fille de classe populaire dans les années 50.
Profondément sociologique, La Honte évoquera l'embrigadement religieux, le mépris de classe, la difficulté à vivre une puberté corsetée par la pudibonderie religieuse, la violence du langage, ou encore l'importance de l'image sociale, sans pour autant user de phrases emphatiques qui pousserait la lectrice ou le lecteur à suivre une interprétation prémâchée.
Les faits, sensations, souvenirs ne sont pas choisis par hasard, évidemment, mais leur imbrication dépassionnée rend d'autant plus saisissants les enseignements qui s'en dégagent, et la portée bien plus large d'un contenu autobiographique quand il est narré de cette manière.
Cela étant, le livre reprend peut être un peu trop les thématiques de La Place pour être mis au rayon des livres à la puissance et à la pertinence incomparables.
8/10.