Réalisant que je n’avais lu que deux livres depuis le début de l’année 2025, j’ai tenté de trouver une solution pour reprendre un rythme de lecture un peu plus tonique. Il me fallait un livre simple, rapide à lire, et rafraichissant. Quoi de mieux pour cela que de retourner dans l’univers du Disque-Monde, après avoir été plutôt enthousiasmé par “Mortimer” l’an dernier. Et heureusement, j’ai ressenti le même engouement pour ce tome.
On rentre dans l’histoire en douceur, avec quelques mini touches d’humour faites de jeux de mots et figures de styles farfelues comme le fait si bien Terry Pratchett. A la manière de l’enseignement de Morty par la Mort dans Mortimer, Esk se voit transmettre les ficelles de la sorcellerie par Mémé Ciredutemps. Cette relation maître-élève, au demeurant très classique (j’ai beaucoup pensé à Tortue Géniale et San Goku), reste néanmoins très touchante. Si Esk est un personnage attachant par sa détermination à s’affirmer en tant que première mage femme, Mémé Ciredutemps (tout comme la Mort) reste le meilleur personnage du récit. Butée, ignorante de pas mal de choses et pas toujours très hardie, elle sait en revanche se montrer empathique et très courageuse quand il le faut. Une vraie petite mamie-nounou ultra-attachante.
Si l’histoire est très plaisante à lire, elle est en revanche un peu moins fantasque que Mortimer a pu l’être. Les moments entre la fin de l’enseignement de Mémé et l’arrivé à l’université constituent un petit ventre mou avec des rencontres de personnages très oubliables, et peu de rebondissements. La fin de l’histoire, avec ses antagonistes appelés “les Choses” rappelant les créatures informes de Lovecraft, ne brille pas forcément non plus par sa clarté, jouant un peu trop sur l’absurde pour être vraiment toujours compréhensible.
Mais ce que perd La Huitième Fille en farfelu, elle le gagne en revanche en discours politique. Esk et Mémé Ciredutemps vont tout faire pour qu’Esk accède comme les garçons à l’université. Et se faisant, elles vont réussir à ébrécher les traditions, les habitudes et in fine le patriarcat des mages. Car sous ses airs de light fantasy, La Huitième Fille constitue finalement un vrai récit de quête de l’égalité homme-femme très rafraichissant. Les mages hommes sont tournés en ridicule, tous assez prétentieux et soucieux de leur apparence et de leur réputation, tandis qu’Esk et Mémé ont de la volonté et du courage, même si elles ne sont pas complètement dénuées de défauts pour autant.
La Huitième Fille s’éloigne ainsi de la fantasy fantasque pure que j’avais pu découvrir dans ma précédente lecture du Disque-Monde, pour proposer un récit de fantasy soft, plaisant, frais et engagé. Avec un peu plus de folie, nul doute que l’histoire d’Esk et de Mémé Ciredutemps aurait été inoubliable.