"Si tu manges sa langue, tu pourras parler le langage des oiseaux !"
Absurde. Mortel. Oui, bien sûr..
Et aussi dans chacune de ces propositions, chacun de ces univers ; l'impression d'être entouré(e) non plus d'êtres vivants mais de "corps vivants" (oiseaux - insectes - hommes - femmes)
Chacun semble vivre dans une légende complètement oubliée de lui-même et le corps s'ouvre alors d'impossibles voies nouvelles
Se déchire, se transforme, rompt ou s'agrège à l'environnement
Sans que l'on comprenne pourquoi, c'est un squelette à l'envers qui marche, qui abrite des crânes d'animaux et se fait voler des os pour les oisillons
(Et c'est aussi Job dans son dénuement extrême)
Ce sont des jambes qui s'allongent irrésistiblement au contact de l'eau ; est-ce une torture ou la délivrance qui est allée trop loin ?
Un homme dont rien ne dit la viscosité sinon son implacable estomac largement ouvert et à l'affut de tout ce qui traîne dans les trous ou les flaques
Et la vie continue..
A l'intérieur, l'araignée loup (communique avec ses pattes) tisse sa toile et tout ce qui rampe veut s'échapper (par le nez puis s'aspire à nouveau par la bouche)
Dans un autre corps (sans doute mort celui-là), ce sont des abeilles dont on a retiré le dard dans un entassement jusqu'au bord des lèvres
C'est l'organique qui est partout, qui dirige ; aussi parfois dans des styles épurés, moins végétaux
La perversité se balade tranquillement et réinvente ses crimes pour couvrir ceux qu'elle a déjà commis
Sur la route, avec un sanguinaire, parti loin, très loin à l'intérieur de son corps-pantin, en amassant d'autres comme une nourriture extra-terrestre
Une affaire dans une affaire dans une affaire où les notes, les consignes ont remplacé pour de bon les émotions
Enfin, ce sont des armes ; des haches de marque qui font rêver leurs possesseurs, des chargeurs et des munitions sans explication
Des viandes tranchées finement
Des trous dans la joue dont on explore les bords avec la langue