Il y a des déceptions qui agacent, et d'autres qui attristent. Celle-ci relève clairement de la seconde catégorie.
Dans La lumière du bonheur, quatrième tome de la saga La Traversée des temps, Éric-Emmanuel Schmitt nous entraîne dans la Grèce antique, entre Athènes et Olympie, au coeur des Jeux olympiques et des débats philosophiques. le cadre est riche, érudit, généreux. On sent l'amour de l'auteur pour la pensée grecque, pour la naissance de la philosophie, pour cette époque fondatrice de notre imaginaire occidental.
Et pourtant.
Là où les premiers tomes mêlaient avec brio grande Histoire et intrigue romanesque, ce volume me laisse sur ma faim. La colonne vertébrale narrative paraît s'effacer au profit d'une fresque historique plus descriptive que dramatique. L'intrigue se dilue, les enjeux s'estompent, et l'on peine à retrouver la tension et l'émotion qui faisaient la force du début de la saga.
La dimension philosophique, centrale ici, est passionnante sur le fond, mais elle prend parfois le pas sur le récit. le roman devient presque essai par moments. Cette hybridation des genres pourra séduire certains lecteurs ; pour ma part, elle m'a tenu à distance.
J'ai également été moins sensible au style dans ce tome. Certaines tournures très soutenues, notamment l'usage fréquent de formes verbales recherchées, nuisent à la fluidité et alourdissent la lecture.
Ce qui rend la déception plus vive, c'est précisément l'attachement que j'ai pour cette saga et pour l'oeuvre de l'auteur. Les premiers volumes m'avaient enthousiasmé au point que je les ai largement recommandés autour de moi. Ici, j'ai eu le sentiment que l'élan romanesque s'était brisé, que la magie s'était estompée.
Je referme ce quatrième tome avec une réelle tristesse. Non pas parce qu'il serait dépourvu de qualités ... il est documenté, ambitieux, sincère ... mais parce qu'il ne m'a pas procuré le plaisir de lecture espéré. Et je m'interroge, un peu à regret, sur mon envie de poursuivre l'aventure avec le cinquième volume.
Une déception honnête, donc, à la hauteur de l'attente qu'avait suscitée cette saga.