Soyons francs deux minutes, j'ai arrêté au chapitre 2. Mais
Pierre Bayard nous a accordé le droit de parler des livres
qu'on n'a pas lus — a fortiori de ceux qu'on a abandonnés.
Je prends donc le parti de la mauvaise foi et de l'injustice,
contre l'objectivité littéraire et le parrainage des jeunes
talents. Si tant est que tous les hommes soient les mêmes,
je n'ai pas été passionné par cette incursion en maison close
comme mes pairs romancés.
Loin de moi de nier le talent d'écriture d'Emma Becker. Nous
arrivons ici dans une expérience de gonzo-littérature, ou plutôt
une excroissance de l'autofiction. Comme raconter un voyage est
devenu banal, il nous reste la prostitution, moyennant menus
détails sur cette expérience édifiante.
La vie sexuelle de Catherine M., c'est 2001 — donc il ya plus
d'une génération. Le côté disruptif d'une sexualité non standard
assumée par une femme n'est plus pertinent. On hésite ici
entre la pornographie féminine et le documentaire décomplexé,
enfin le sexe est décrit cliniquement et sans ambages.
Cela évoque une société enlisée dans son confort matériel,
assez blasée, sans espoir collectif. Qui se cherche des
histoires — mais lesquelles ? Comment faire lire tous ces
gens, pardi ?
L'acte de chair en lui-même ne me gêne pas. Ce que je ressens
plutôt, c'est un manque d'empathie dans un regard centré sur
soi, sans compassion pour le moins chanceux ou le moins bien
portant. Voilà en attendant le livre "J'arrête tout..." (sans blagues ?)
et je m'occupe de mon jardin, qui ne manquera pas de sortir un jour.
Le titre "Le mouton de Panurge" de Georges Brassens m'est revenu.
Mais alors, pourquoi cède-t-elle
Sans cœur, sans lucre, sans plaisir
Si l'amour vaut pas la chandelle
Pourquoi le joue-t-elle à loisir
Si quiconque peut, sans ambages
L'aider à dégrafer sa robe
(...)
C'est parce qu'elle veut être à la page
Que c'est la mode et qu'elle est snob