Une nouvelle assez intéressante par ce qu’elle parvient à mettre en place. Faisant un peu appel aux légendes des vampires et loups-garous bien européennes (pas un hasard) ; Lovecraft les retransforme pour les adapter à son propre univers horrifique, mais au-delà on peut y voir aussi la métamorphose des colons européens débarquant en Amérique qui, par la suite, clame son indépendance mais en garde les mêmes vices. Ceux-ci ont juste pris une nouvelle forme. L’allégorie est intéressante, d’autant plus que l’horreur dans laquelle nous plonge le récit nous prend à la gorge dès les premières lignes. Même si le mystère est maintenu et caché dans un style toujours aussi riche et fourni, à l’image des protagonistes qui font des recherches pour comprendre ce qu’il en est, on écarte une à une les nappes de brouillard.
Armés des meilleurs armes et de la rationalité scientifique, ce qui nous attend dépassera une fois de plus l’entendement. La fin sera d’ailleurs une de mes préférées de Lovecraft, d’une part parce qu’on la peut considérer comme une happy end (même si on était plutôt dans du doux et amer, mais connaissant le bonhomme, on prend ce qu’on nous offre), mais surtout de la façon dont le personnage réagit. Horrifié, il finit par surmonter sa peur pour affronter la monstruosité du cosmos, qui demeure en fin de compte assez mystérieuse. Et malgré tout, sa menace persiste, comme si la véritable horreur n’était pas la chose elle-même mais son concept même, qui reste ancré en nous pour l’éternité.
Bref, cette nouvelle montre une fois de plus l’étendue de la maîtrise de Lovecraft pour jouer avec l’inconscient et les peurs de ses personnages, mais aussi de ses lecteurices. D’un rythme peut-être un peu différent des autres, elle n’en demeure pas moins captivante.