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le 6 août 2013
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Je suis sociologiquement prédisposé à aimer Desproges : mes parents écoutent France Inter. Par ailleurs, j'aime lire, j'ai remarqué au bout d'une douzaine d'années que quelque chose ne tournait pas...
Le linguiste bienveillant évite à l’auteur de ces lignes une laborieuse présentation de l’ouvrage : « sans nous priver des acquis de la linguistique historique, nous analyserons l’histoire de ce continent liquide du point de vue de la sociolinguistique, de l’écologie des langues et des politiques linguistiques » (p. 17 de l’édition de poche), voilà pour le projet – le « continent liquide » désignant évidemment la Méditerranée du titre.
Cela n’évitera certes pas au critique amateur de tergiverser au moment de trouver à La Méditerranée. Mer de nos langues un emplacement incontestable dans sa bibliothèque : langues ? histoire ? géographie ? sciences humaines en général ? Quoi qu’il en soit, le volume trouvera sa place dans la catégorie des ouvrages de vulgarisation pour adultes bien troussés. Je précise pour adultes, car à moins d’être prêt, au début du livre, à assimiler beaucoup d’informations et à faire quelques recherches par ailleurs, il n’est pas inutile d’avoir un petit bagage de culture générale. La clarté et la précision de l’écriture feront le reste.
Le gros du volume, environ deux cents pages, passe en revue différentes langues qui se sont succédé au cours de l’histoire méditerranéenne : phénicien (surtout pour l’alphabet), hébreu, grec, latin, arabe, lingua franca médiévale. Une deuxième partie, d’une cinquantaine de pages, apporte des compléments, à partir de quelques mots choisis : olive, huile, échelle, etc. Enfin, la troisième partie, « L’histoire au présent », plus théorique, propose différents modèles et concepts pour l’étude de l’évolution des langues et de leurs rapports, ce qui fait intervenir plus explicitement les notions de politique linguistique et d’écolinguistique.
Évidemment, j’imagine que des linguistes émérites trouveront des objections à faire. En attendant, pour quiconque sait que les langues évoluent, La Méditerranée. Mer de nos langues explique comment, par exemple en montrant « la façon dont dispara[ît] une langue dominée : d’abord dans les pratiques des classes sociales aisées, c’est-à-dire dans un axe vertical, puis dans un axe horizontal, la langue n’étant plus parlée en ville mais seulement à la campagne, avant de disparaître totalement » (p. 66, je passe les détails).
Ainsi, à rebours d’une sorte de linguistique pure – telle qu’étaient incités à la pratiquer les étudiants en lettres au début de ce siècle, par exemple… – mais sans en renier les apports, Louis-Jean Calvet n’oublie pas qu’une langue n’est pas qu’une structure. Elle sert. Et c’est parce qu’on s’en sert qu’elle entretient des rapports avec ses locuteurs, ainsi qu’avec d’autres langues – rapports hôte / parasite dans un cas, proie / prédateur dans un autre (p. 338), dans une métaphore biologique qui court d’un bout à l’autre de l’ouvrage.
On devrait le rappeler à quiconque étudie la langue : « toute expansion d’une langue, ou toute apparition d’une forme véhiculaire, est le versant linguistique d’un phénomène social, politique ou économique » (p. 205-206).
Créée
le 22 juil. 2026
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