Meursault, dans La mort heureuse, c’est un peu le fantôme de L’Étranger avant qu’il ne devienne ce bloc de glace indifférent. Ici, il tue, il fuit, mais surtout, il cherche. Comme un type qui court après une ombre, convaincu que le bonheur est un trésor qu’on peut déterrer si on creuse assez profond. Meursault ressent tout trop, trop vite, sans filtre, sans cette carapace que les autres ont construite pour survivre. Et c’est pour ça qu’il bute. Pas seulement sur son crime, mais sur l’absurdité pure de sa propre existence.
Evidemment l'écriture ne déçoit jamais chez Camus. Il décrit les paysages, la chaleur, la fatigue de Meursault avec une belle précision. On suit Meursault dans sa fuite, on partage son épuisement, sa quête vaine, et on se demande : mais pourquoi il s’obstine ? Parce que c’est humain, au fond. On est tous un peu comme lui, à courir après des trucs qui n’existent pas, à fuir des émotions qu’on ne maîtrise pas, à croire qu’on peut échapper à ce qu’on est.
Et puis il y a cette comparaison avec L’Étranger, qui est évidente mais jamais dite. Dans L’Étranger, Meursault est un mur. Là il est un volcan. Il tue par excès. Il tue parce qu’il ne supporte plus de sentir, de vouloir, de désirer. Et c’est ça, le plus absurde. Il croit fuir sa condition, mais il ne fait que confirmer qu’il en fait partie.
Camus a toujours su retranscrire les sentiments humains, surtout d'hommes blancs qui se perdent dans une société qui a été fondé NORMALEMENT pour eux. C'est un hot-take et surtout assez abstrait, mais je pense que Camus écrit bien plus sur lui ou sur ce qu'il a pu expérimenté avec d'autres hommes blancs brisés par leur propre environnement que l'on ne le croit.
L'Homme blanc se noie dans l'absurde, et je le ressens dans ce livre, encore plus. Il se pardonne seul, d'un acte pourtant impardonnable. Qu'est, on le rappel, le meurtre.