La narratrice a tué Emerence, elle s'en accuse d'emblée. Mais qui est cette Emerence? La femme de ménage de la narratrice, une figure radicalement originale qui incarne la dignité et le bon sens populaire, une femme sans éducation mais à la haute intelligence, un personnage dans le quartier, respectée par tous, qui n'accepte pas de travailler pour n'importe qui.
Emerence est tellement au centre du roman que les autres personnages apparaissent comme éclipsés. Son employeur, une femme de lettres, ne peut la comprendre. Leur relation est donc conflictuelle. Pourtant, un respect mutuel, et même une affection, finit par apparaître, malgré le fait que les deux modes de vie soient inconciliables, Emerence n'ayant que dédain pour les activités intellectuelles, et la femme de lettres ne sachant faire du travail manuel.
Les phrases chantent, dans une déconstruction de la ponctuation qui ressemble aux expérimentations d'un Saramago, sans lourdeur pourtant, c'est très fluide, et on ressent parfaitement les émotions. Car des émotions, il y en a, on passe du mélodrame à l'humour en un rien de temps, au gré des humeurs de la narratrice.