Lorsqu'on en a marre des interminables pavés nordiques ou anglo-saxons, laborieusement coulés dans le même moule du thriller psychologique préformaté, il fait bon s'offrir un petit polar musclé, en français dans le texte, à avaler d'une traite comme un ballon de muscadet vif et frais sur le zinc. Par exemple avec un roman de Jean-Bernard Pouy, père de la série du «Poulpe» et l'une des plumes francophones les plus affûtées et jubilatoires. Dans La récup', il racontait avec sa verve coutumière l'histoire d'Antoine, ex-cambrioleur reconverti en serrurier d'art et qui aurait besoin de quelques liquidités pour s'offrir un nouveau tour de façonnage. Du coup, il accepte une mission apparemment simple mais qui va s'avérer diablement foireuse. Non seulement les mafieux russes qui l'ont engagé refusent de le payer, mais ils le laissent à demi-mort sur le carreau. D'abord choqué, notre héros va s'inspirer de Lee Marvin dans Point Blank, le film-culte de John Boorman, pour récupérer ses billes et se venger des salauds qui l'ont blousé... C'est drôle, tonique et rondement mené de bout en bout, un vrai bonheur de lecture et une brillante leçon d'écriture en liberté.
Critique écrite en 2008