Antoine est un discret libraire trentenaire sur la côte bretonne, discret comme quelqu’un qui veut s’oublier. C’est une mer lisse insignifiante en apparence. En fait, quand un élément extérieur imprévu vient en heurter la surface, le fond marécageux remonte et tout devient trouble. On découvre petit à petit le poids qu’Antoine traîne depuis l’adolescence, et on observe avec lui ses souvenirs, ses réactions et ses interprétations.
C’est une exploration à la fois glaçante et touchante, pleine de questionnements sans forcément de réponses, d’une famille pathologique. C’est aussi un regard désenchanté, malgré tout fortement stéréotypé, sur le monde du pouvoir politique, de la corruption, et des mœurs très troubles. Au-delà du fait-divers politico-sexuel sordide, on voit bien avec rage et dégoût que certains drames ne sont jamais reconnus ni réparés. On comprend que la fuite et le déni durant de longues années peuvent être nécessaires pour les victimes avant d’être capables de lucidité, d’apaisement, d’acceptation. La vie ressemble à ces courants de marée, Antoine en est à ce moment suspendu où il ose s’arrêter pour revisiter le chemin parcouru. Cela lui permet enfin d’en garder le meilleur, de tourner le dos au pire, et d’aller vers d’autres horizons. Olivier ADAM est très fort pour décrire les dysfonctionnements familiaux, les non-dits et leurs ravages ; plus que la violence bruyante, c’est la souffrance souterraine qu’il montre le mieux.