Décidément, Olivier Adam est de ces auteurs qui savent raconter. Pas seulement écrire, décrire, mais vraiment raconter. Dès le début du roman, l'ambiance est là : une Bretagne tranquille qui sert de point de repli d'un jeune homme qu'on devine marqué par une histoire familiale cruelle. Puis la montée des souvenirs permise par le décès de l'ancien amant de sa mère, mêlé avec elle à une affaire de mœurs, de viol...
Déjà, l'histoire est originale, pas dans le sens où cela n'arrive jamais, mais plutôt parce que, une fois encore, Olivier Adam va là où les romanciers n'osent pas, ne veulent pas, ou dédaignent d'aller : le vrai. La vraie vie des vrais gens. Mais pas le sens "roman grand public", de quai de gare. Non, dans le sens vrai car sociétal, franc, sans fioritures. Par les yeux du narrateur, les faits sont là, durs, cruels, dégoûtants par moments, mais ils sont là, sans voyeurisme non plus. Et les petites bassesses du quotidien aussi, dans la cellule familiale mais aussi à l'extérieur.
Quant au narrateur, qui semble traverser sa vie sans la vivre, qui passe à côté d'évidences, il est tout à fait crédible : personnage anesthésié d'un scandale trop dur à vivre pour un adolescent mal aimé.
Du coup, on pardonnera quelques écueils : la répétition des thèmes et schémas chers à l'auteur (le repli en bord de mer, le narrateur paumé... tout ceci est très bien mais un peu "attendu" quand on ouvre un Olivier Adam), mais aussi un côté dramatique, quasi cinématographique, qui nuit un peu au côté très réaliste et plausible par ailleurs du roman (la fuite des ados, les femmes qui quittent le narrateur sans explication, tout ceci a un côté mélodrame qui jure avec le reste).
Mais bon, c'est juste un petit bémol pour un roman que, je l'avoue, j'ai lu d'une traite ! Car, pour conclure, ajoutons qu'il y a aussi une sorte de suspense, une enquête immobile au cœur des souvenirs du narrateur. Bref, 3 heures de lecture non-stop pour un roman d'une justesse et d'une efficacité redoutables.