La Route
7.6
La Route

livre de Cormac McCarthy (2006)

Critique publiée sur Kultur & Konfitur.


Le gris d'une cendre éternelle, le gris d'un jour sans soleil, le gris de 24 heures où nuit et jour se succèdent et se confondent. Du gris, avec quelques touches de blanc, un blanc d'autant plus éclatant qu'il est d'une extrême rareté et suffit tout juste à éviter de tomber dans le noir absolu. La route est un livre gris, avec des personnages gris, dans un univers gris.


Mais la route est longue. Peut-être trop longue. Linéaire, aussi, comme ses personnages. Les schémas se répètent, de l'apathie aux moments de bonheur partagé de la découverte ou redécouverte d'un monde qu'on croyait définitivement disparu. Le texte s'étire, le lecteur patauge avec les marcheurs, avec l'impression que sa route est sans fin. On reprend le livre comme on l'a quitté, on se retrouve dans la même atmosphère poisseuse, sans temporalité, le père ne s'y retrouve pas plus que le lecteur dans les jours, qui se succèdent, se ressemblent dans leur éternelle torpeur, et le texte défile sans démarquage clair entre les étapes (pas de chapitres). Aucun espoir de sortie, juste un but, la côte, qui permet d'avancer, mais là encore, en progressant, sur la route comme dans la lecture, on sait qu'il n'y a qu'une fin possible, que cette marche n'est qu'un leurre vers quelque chose d'inéluctable. Le livre s'achève par un nouveau départ, tout comme le début nous plonge dans la fin d'un cycle. Nouveau départ, mais qui diffère peu finalement de l'étape précédente, ce n'est qu'une répétition du même cycle, dont il semble impossible de sortir.



Route, bloody route



Mais cette impression de lecture morne et sans émotion est ce qui fait la force du livre. On est plongé dedans, marchant aux côtés des protagonistes. La répétition, la longueur, parfois la lourdeur du style s'adapte à la lourdeur de l'univers et du quotidien des protagonistes. On les connaît finalement peu, ce père et ce fils, on ne sait rien de leur histoire, on les découvre par leur vécu, l'auteur ne les présente pas, les rend plus ou moins anonymes, juste un père, un fils, sans noms. Deux personnages qui ont peu de relations entre eux, qui parlent peu, mais qui vivent une relation d'une rare intensité qui se partage par ce qu'ils vivent. C'est ce qu'ils vivent qui nous les décrit, l'analyse psychologique des personnages est absente, on lit peu ce qu'ils pensent, mais on le sait (ou on pense le savoir) quand même.


C'est là tout l'intérêt du livre, d'arriver, dans l'ennui, à captiver le lecteur. Les sentiments de celui-ci coïncident avec l'écriture de Cormac McCarthy, sans fioriture, sans grandes phrases. Une écriture et un style parfois un peu vains, comme lorsqu'elle essaie de briser les conventions du dialogue en ôtant toute ponctuation. Pourquoi ? Pour anonymiser encore plus les personnages ? Ils n'en avaient guère besoin, ce qui se veut un geste d'audace ou de surrenchère dans l'adéquation entre style et histoire est finalement assez peu pertinent. La répétition des mêmes schémas est aussi une des faiblesses, elle concourt au sentiment de quelque chose sans fin et de perpétuel, mais rend le tout un peu lourd.


La route est un bon roman, qui vaut surtout par l’ambiance qu’il arrive à créer pour intéresser le lecteur (atmosphère qui a été bien reprise dans le film de 2009), et qui tente à tout prix de marier fond et forme. Rien d’inoubliable, mais une vision bien affirmée de la relation père-fils et du deuil dans un monde d’après l’apocalypse.

Créée

le 31 août 2012

Modifiée

le 31 août 2012

Critique lue 421 fois

Flavien M

Écrit par

Critique lue 421 fois

11

D'autres avis sur La Route

La Route

La Route

10

DjeeVanCleef

401 critiques

Apocalypse ? No !

J'ai toujours pensé que ça allait mal finir. Depuis petit, en fait. Qu'il fallait que ça crame.  Rien à voir avec un feu divin ou un nuage dense de sauterelles sodomites. Non non, point de courroux...

le 29 mars 2014

La Route

La Route

9

Spoof

146 critiques

Roadbook post-apo introspectif et é

Quand Cormac McCarthy, l'auteur de "No Country for Old Men", s'attaque au récit post-apocalyptique, il fait fi des clichés du genre et des conventions d'écriture. J'avoue ne pas être un amateur...

le 5 mars 2010

La Route

La Route

3

Nairolf

22 critiques

Parfois le chemin est dur !

Je ne peux pas dire que "La route" soit un mauvais livre. Ce serait un poil exagéré. Mais il faut quand même du courage pour arriver au bout ! Y étant péniblement parvenu, je ne peux m'empêcher de...

le 25 sept. 2013

Du même critique

Forever Changes

Forever Changes

9

Flavinours

142 critiques

1967, l'année qui tue

Y'a des années comme ça. On sait pas trop pourquoi mais elles accumulent les bons albums ou ceux qui marquent l'histoire de la musique, alors que d'autres sont nettement moins prolifiques. En 1967,...

le 11 août 2012

Blackfish

Blackfish

8

Flavinours

142 critiques

Le Maillon Faible.

Critique publiée sur Kultur & Konfitur. Tombé dessus par hasard entre deux matchs de la coupe du monde 2014, ça a sévèrement entamé mon moral pour regarder le deuxième match. On s'attend à un...

le 29 juin 2014

Reigns

Reigns

7

Flavinours

142 critiques

Reigning Blood

Critique publiée sur Kultur & Konfitur. Me voilà roi. Premier de ma lignée, le peuple attend beaucoup de moi, déçu par la tyrannique dynastie m’ayant précédé. Leurs demandes sont parfois...

le 17 sept. 2016