J'ai voulu lire ce livre pour pouvoir faire une comparaison avec l'adaptation graphique faite par Larcenet. Celle-ci m'avait déjà subjugué, tant Larcenet avait réussi à capter toute l’horreur mêlée à une profonde intimité et empathie chez les personnages et les environnements qu’il mettait en scène. J’étais donc très confiant lorsque j’ai commencé à lire la version originale, car tout simplement je savais un peu qui était McCarthy et je savais qu’il avait un style qui pouvait me toucher et m’intéresser.
J’ai vu juste, car ce livre m’a transporté, m’a touché comme peu d’autres livres ont pu le faire auparavant. En fait, je trouve que c’est une histoire profondément humaine et douce avant d’être une véritable tragédie, parce que c’est ça finalement le synopsis, de raconter la tragédie d’un père et d’un fils qui doivent vivre au sein d’un monde qui n'a rien d’autre à offrir que leur perte.
Mais malgré cela, il reste toujours quelque chose d’humain et de très juste dans la manière d’aborder les relations qui les unit. C'est quelque chose qui m’a toujours fasciné chez McCarthy, sa capacité à allier le sacré, l'invraisemblable et le mystique avec quelque chose de très terre à terre et concret. C’était déjà le cas dans Le Méridien de Sang, mais je dois dire qu’ici ça touche à une toute autre dimension. Il y a par exemple tout ce passage avec le vieillard au ¾ du roman. Tout est fait pour entretenir une forme d'ambiguïté vis-à-vis de son existence, de son rôle et même sur sa propre humanité. Il est tellement décrit de façon monstrueuse et misérable qu’il devient presque impossible pour le lecteur de concevoir le fait qu’il est pu survivre.
L’autre aspect vraiment très intéressant du livre repose sur la relation entre le père et le fils. Elle est très juste, réaliste et constitue la véritable tragédie du livre. Toute la narration, notamment par les dialogues et la redondance des échanges, tend à nous montrer comment la parole se brise petit à petit face au monde, comment finalement l’amour et le lien se désagrègent sans que rien ne puisse être réellement fait pour y remédier. Tout cet aspect rend certaines scènes particulièrement horribles et déchirantes à lire, tout simplement parce que l’on sait que rien ne pourra être guéri, tout ne fera qu’empirer.
Et voir la détresse du père complètement impuissant, qui se rend compte de ce propre manque de lien et d’affection auquel il ne peut pas faire grand chose rend le livre vraiment dérangeant. On a presque l’impression dès fois qu’il garde son fils uniquement parce qu’il sait très bien que s’il meurt, sa vie ne sert plus à rien d’être vécue. C’est à la fois très touchant parce que ça renforce la thématique de la persévérance inutile, et à la fois très triste.
La scène de la mère est très forte aussi.
Seul réel défaut selon moi est la fin que je trouve un peu trop positive, contrairement à celle qu’il y a dans la BD. Mais sinon ça reste une fantastique expérience, et surtout marquante.