La Sonate à Kreutzer par Cassandwe
J'étais dans le train. Tolstoï, Beethoven et Pozdnychev aussi. Je reliais Paris - Normandie, mais dans ma tête j'étais transportée sur les rails de Russie, en plein XIXe siècle. Plongée dans La sonate à Kreutzer, les pages et les paysages défilant, je me suis retrouvée dans une fascination mêlée de perplexité. Tolstoï, il est extraordinaire. Je suis loin de partager les thèses et théories exposées dans son roman, mais pourtant, et malgré moi, je ne pouvais pas décrocher les yeux de mon livre. Et peut être que si j'en avais été capable, j'aurais osé lancer un regard plein de soupçon sur les autres passagers. Juste comme ça.
Beethoven n'est pas monté tout de suite. Mais lorsqu'en court de voyage il s'est installé à mes côtés, et que j'ai entendu mentalement et à plein volume le premier mouvement de sa sonate, j'ai voulu successivement m'appeler Kreutzer et avoir ses dons pour pouvoir saisir cette oeuvre entre mes doigts et évacuer ce trop plein d'énergie et d'émotion. A défaut, j'ai laissé mes sensations et mon esprit en pleine ébullition.
J'en aurais oublié de descendre à mon arrêt.