Ce qui est positif quand on a une mémoire à trous c'est que lorsqu'on relit un livre bien des années après, on a toujours cette sensation de découverte.
Si la question du religion était déjà abordée dans le premier tome, elle est au cœur de ce second volet. Les anges entrent en scène et Philip Pullman démontre, à nouveau, qu'on peut innover dans leur description. (Non parce que je suis désolé, pour moi un ange c'est un gugusse avec des ailes de pigeons dans le dos et un dragon c'est rien qu'un lézard victime de brûlures d'estomac constants). Dieu est même mentionné. J'ai un mal fou avec les concepts d'anges et de démons et je trouve souvent les romans les utilisant tournant toujours autour des mêmes thématiques. Pourtant, avec ce second volet, le tout est passé crème car l'image même de la religion est écornée. Non pas en se moquant des croyants mais de ceux structurant, édictant les règles de la foi. Le roman a fait un tollé à l'époque à cause de ça.
En plus de toute cette réflexion sur les dogmes religieux, (parce que la structure a beau reprendre celle du christianisme, les questions soulevées peuvent s'appliquer à toute forme de croyance) de nouveaux personnages et intrigues viennent s'imbriquer au parcours tourmenté de Lyra.
On a ainsi Will un garçon traversant une faille, un garçon qui a grandi trop vite afin d'aider sa mère. L'auteur dresse subtilement le portrait d'une femme tourmentée par des démons intérieurs, jugée comme démente par les autres, tendrement aimée par son fils qui la protège. Will du protéger sa mère d'elle-même, comme il le dit. Il n'y a aucun jugement sur cette femme, simplement une profonde empathie. (Ecriture qui a d'ailleurs été très bien reprise dans la série de HBO)
Mary Malone rejoint aussi la cohorte des personnages marquants et vient jeter un caillou dans la mare. Si vous pensiez que l'auteur opposait religion et science, Mary Malone vient balayer tout ça. Scientifique étudiant la matière noire (ah oui on va parler physique quantique aussi) elle était, auparavant, bonne sœur et avait perdu la foi. Autant dire que ça va la chambouler pas mal de converser avec des anges.
Lyra et Will forment un duo d'enfants survivants, s'aidant et se bousculant, apprenant à cohabiter pour mieux avancer. Tous deux sont traités de la même façon dont l'écriture, chacun possédant ses défauts et qualités. Lyra demeure l'enfant sauvage et farouche qu'elle a toujours été. Will demeure un enfant qui, parfois, craque et rêve d'un père sur lequel compter.
Ce tome signe aussi la perte de personnages auxquels on s'est farouchement attachés. L'univers d'A la croisée des mondes est rude, mortel. Enfants comme adultes peuvent se montrer cruels et les dangers sont multiples. D'ailleurs si vous avez frissonné avec les Détraqueurs dans Harry Potter, les Spectres ne vous laisseront pas indifférents.
Je pourrais parler des heures de ce roman alors je stoppe ma critique ici. Si vous aimez la fantasy et n'avez pas peur des réflexions théologiques, foncez.