Dans un futur proche, les "compagnons", nés de l'association extraordinaire d'une artiste plasticienne riche de ses paradoxes et d'un codeur ingénieux avide de nouveaux défis, ont révolutionné le monde robotique. Jouets pour riches ou véritable avancée technologique, ces androïdes humanoïdes sont conçus pour s'adapter à leur maître, apprendre à son contact et combler ainsi ses besoins sur un plan fonctionnel ou sur un plan affectif. Il faudra accepter de suivre trois personnages dans les méandres d'une narration déstructurée pour naviguer dans ce monde perturbant qui, sans doute, nous guette.
"La Vallée de l'étrange" au-delà d'être le titre de ce nouveau très bon roman de l'autrice canadienne J.D. Kurtness, c'est aussi le nom d'une théorie élaborée par un roboticien japonais. Selon Masahiro Mori, notre affinité envers un robot augmenterait selon son degré de ressemblance avec un humain jusqu'à un certain point au-delà duquel les dissonances deviennent plus dérangeantes que les aspects similaires. Ici commence la Vallée de l'étrange, le malaise, le rejet. Pour la traverser et passer le cap de l'acceptabilité, il faudrait surmonter la défiance naturelle du cerveau. C'est à dire, supposer que l'on puisse concevoir un robot qui, par son apparence et son comportement, nous fasse suffisamment oublier qu'il en est un en se rapprochant encore davantage de ce que nous sommes.
Par le fait même de nous inviter notamment dans la psyché de Sim, un modèle exceptionnel de compagnon, J.D. Kurtness joue avec les frontières de cette théorie pour nous amener à questionner notre époque : la robotique, l'IA, mais au-delà de ça nos besoins sociaux et affectifs et nos relations interpersonnelles.
Si l'on a réussi à franchir la Vallée de l'étrange, est-ce parce que la technologie a élevé ses standards pour nous plaire ou parce que notre solitude et notre défiance à l'égard de la société a créé les besoins le permettant ?