Amatrice fervente de Martin Eden et des Mutinés de l’Elseneur, je m’attendais à retrouver, dans La Vallée de la lune, ce souffle romanesque, cette intensité psychologique et cette vision sociale qui font la force de Jack London. Or, très vite, quelque chose cloche : le roman semble vouloir s’inscrire dans la veine de Zola, mais sans jamais en atteindre la profondeur.
On suit un jeune couple issu de la classe ouvrière, mais il ne se passe presque rien. Le récit avance, mais sans véritable tension. London veut-il peindre la condition féminine confinée au foyer ? Évoquer les contraintes de la vie ouvrière américaine du début du XXᵉ siècle ? Dire quelque chose de la misère sociale ou du désenchantement des classes laborieuses ? Le roman semble hésiter sans jamais choisir.
Certaines pistes apparaissent — notamment avec l’introduction d’une prostituée, qui semble devoir ouvrir une réflexion plus large — mais elles restent étonnamment inabouties.
La psychologie est quasi absente. Les personnages restent plats, figés, comme retenus au stade de silhouettes sociologiques. La narration, elle aussi, peine à se frayer un chemin. Beaucoup d’intentions, mais aucune véritable direction.
On referme le roman avec l’impression très nette que Jack London a voulu écrire un grand roman social — sans y parvenir.
Et là où Zola met en mouvement des foules, des passions, des drames, London reste ici à la surface.
La Vallée de la lune est la preuve qu’un écrivain peut signer des œuvres majeures et aussi publier des textes secondaires, presque oubliés, et pour de bonnes raisons. On comprend rapidement pourquoi il n’est pas resté dans la mémoire collective.