Je l'ai lu en deux phases : une première emplie d'émerveillement, à vouloir me ruer sur la Bible et les textes "apocryphes", à ressentir beaucoup d'admiration pour les gnostiques et leurs engagements, et à avoir des épiphanies qui redonnent du sens au message de Jésus, à rebours de tout ce qu'on m'a appris en école catho. Une deuxième dans la traîne des réflexions, qui mêlent envolées lyriques et références pop et géopolitiques pas toujours très heureuses. C'était un voyage, ça m'a ouvert des portes, mais j'ai aussi entrevu des choses qui m'ont semblé vraiment trop bigarrées pour être mémorables. Pacôme Thiellement s'appuie sur des sujets historiques mais en y mettant une grandiloquence telle que ça confine au militantisme. C'est juste un peu perturbant dans le formalisme que l'essai me donnait l'impression d'avoir, de tomber subitement sur des morceaux de pamphlet. Pour citer un exemple, lorsque Pacôme Thiellement parle des manuscrits de Nag Hammadi trouvés en 1945, en disant que ce sont les livres de l'humanité caché "au fond du théâtre, derrière le mur de briques", on part directement dans des considérations ésotériques et militantes qui ne servent pas son propos très juste sur les gnostiques. C'est déjà en soit une découverte extraordinaire et envoutante, et ces textes donnent à voir une autre tradition biblique, mais de là à dire qu'ils décrivent la vérité cachée, ça manque de précautions.
Plus j'avançais, et plus j'ai eu l'impression qu'il se faisait juste kiffer en étalant beaucoup d'érudition, et donc ça me laissait de côté. Il cite par exemple des auteurs d'autres pays sans les remettre en contexte, name drope des séries ou des savants, ne liste d'ailleurs aucune de ses sources, et donc ne laisse aucun moyen au lecteur de lire les textes originaux. C'est un peu gênant pour la lecture et l'assimilation de sa pensée, et ça ressemble à la fin plus à un pamphlet aux revendications floues, qu'à un essai philosophique à proprement parler.
Néanmoins, je n'avais qu'à lire plus attentivement la 4ème de couverture, car cette phrase décrit parfaitement ce que je viens de lire, avec beaucoup de plaisir au début, puis de la confusion sur la fin : "Œuvre prophétique, pamphlet poétique, traité à l'érudition époustouflante, livre de vie autant que diagnostic d'époque aussi implacable que hilarant, La Victoire des Sans Roi ne ressemble à aucun autre livre."
Je le referme avec de multiples pistes à creuser, une détermination à lire la Bible et les textes "apocryphes", et beaucoup d'empathie pour les Sans Rois qui ont jalonné deux millénaires.