La Vie devant soi est avant tout une leçon de regard, celle d'un narrateur de 10/14 ans, enfant arabe d’une prostituée disparue, élevé par une vieille femme juive rescapée d’Auschwitz, dans un immeuble de Belleville où se croisent prostituées, travestis, marginaux et immigrés de tous horizons. Ce qui pourrait être un mélodrame larmoyant devient, sous la plume de Gary/ajar, une fable tragique et drôle, où la misère est racontée avec les mots d’un gamin qui ne comprend pas tout, mais voit tout.
Cohérente dans sa forme, écrite avec les mots, expressions et fautes d'un enfant (sans jamais verser dans la mièvrerie ou la caricature), cette œuvre est surtout d'une justesse rare pour nous dire le monde de Momo avec sa sensibilité et sa compréhension, sans condescendance ni misérabilisme.
"Madame Rosa, elle avait des rides partout, même dans les yeux, et quand elle pleurait, ça faisait comme des rivières qui coulaient sur une carte." : des mots d’enfant certes, mais empreints d'une réelle poésie, pour dire la vieillesse et la douleur.
La dernière page de cette œuvre est d’une beauté à couper le souffle. Pas parce qu’elle offre un happy end, mais parce qu’elle ose l’espoir sans nier la tragédie : la vie est dure, mais devant soi, il y a encore la vie.