« La Vie devant soi », c'est l'histoire d'un jeune garçon, Momo, qui n'est jeune que sur les papiers parce qu'il a déjà vécu plus d'une moitié de vie. Il le répète à l'envi, d'ailleurs. Il est plus vieux que son âge.
Alors, quoi, « La Vie devant soi », c'est un mensonge, un faux-semblant ?
C'est tout le contraire. C'est la vérité.
Momo, il a la Vie devant lui. La vraie. Il a Madame Rosa, cette vieille femme qui l'a recueilli comme une mère et qui n'en finit pas de mourir, et on se demande si elle n'en finit pas de vivre un peu aussi.
« La Vie devant soi », c'est la vie de Momo qu'on découvre au fil des jours, qui grandit plus vite que ses faux papiers, qui prend d'un coup 4 ans comme on en prendrait 40 parce que, quand la mort toque à la porte, elle emporte aussi l'enfance.
Mais « La Vie devant soi », c'est aussi la vie de Madame Rosa qui se remémore sa jeunesse, qui mélange hier et avant-hier, qui déteste les hôpitaux autant qu'Adolf Hitler, qui ne veut pas passer la vie devant elle à mourir. La vie, c'est le passé et le présent, et le futur on verra demain. Tout le monde la comprend, même le docteur Katz, bien qu'il fasse semblant.
Et comme demain ça sera trop tard, tous les voisins s'y mettent pour que Madame Rosa se ranime. Ils défilent dans l'appartement avec les tambours, les livres, les blablas et l'argent, parce qu'il faut bien payer le loyer en attendant.
C'est ça aussi, « La Vie devant soi » : tous ces gens qui donnent l'impression à Madame Rosa que c'est jour de fête, et que face à la vie, même la mort s'arrête.
Mais Momo sait bien que tout ça c'est pour faire semblant et jusqu'au bout maquille la vérité. Pour faire semblant. Pour faire vrai.
Mais c'est ça, « La Vie devant soi » : un vrai-semblant.
Et tant pis pour les fautes. On n'a plus le temps.