Incontournable Hybride Février 2026




Juste après ma lecture de l'hybride "À l'enVerre", je me retrouve dans un autre hybride, amalgame de l'album, de la BD et du roman. Ce n'est donc pas un album jeunesse conventionnel, il requiert du temps à lire au même titre que le roman et est donc destiné à un lectorat plus âgé, soit le lectorat intermédiaire du 2e cycle primaire, nos 8-9 ans et plus. L'histoire de Théodore parle de la difficulté d'adaptation en contexte de famille recomposée, où un jeune s'accroche à ses repères avec un peu trop de vigueur, mais qui apprendre à mieux verbaliser ses émotions, accepter que certaines choses vont et doivent changer, tout en acceptant un modèle de famille nouveau.



Théodore aime que les choses soient à leur place. Il a plusieurs collections, à travers desquelles ils canalise son besoin de sécurité tout autant que son plaisir. Le garçon aimerait que sa routine n'ait pas changé, mais en réalité, avec une belle-maman et une demi-soeur dans la maison de son père, Thédore connait beaucoup de changements. Fanette, la jeune fille, adore se prendre pour tout un tas de choses: une pomme, une casquette, une mouche, etc. Quand à sa belle-mère, elle semble avoir le dédain facile pour les choses qui proviennent de dehors, comme les roches ou les insectes. Pendant ce temps, Théodore se languit de sa mère, qui parcours la Terre continuellement, lui ramenant des pièces de monnaie de toutes les devises. Et lui qui est habitué de former un quatuor avec ses ami.e.s, commence à voir Karel prendre du temps avec un autre groupe d'amis. Le garçon tente tant bien que mal à naviguer dans ce monde qu'il aurait sans doute préféré inchangé, mais qui, bien sur, change continuellement. Pour citer l'auteur: "Ce qu'il aime, c'est que tout soit bien en ordre. Mais dans la vie, on ne peut pas toujours tout ranger dans des boîtes..."



On pourrait dire que Théodore a des rigidités, mais il serait plus exact de parler de moyens de se sécuriser. Il est en perte de repères, car sa cellule familiale s'est recomposée peut-être trop vite pour lui. En même temps, c'est un choc pour un enfant, alors il se trouve des stratégies pour mieux composer avec ces nouveautés. Il trouve donc du réconfort dans quelque chose de tout simple: collectionner. Il a ainsi le contrôle sur quelque chose. Insectes, magazines, monnaie, figurines, roches, Théodore accorde beaucoup de place à ces collections dans son quotidien. Il a aussi des rituels, c'est-à-dire des séquences programmées, comme son choix très spécifique de banc à l'école, où dans un cinéma. Il a aussi cette façon de séparer nettement les aliments dans son assiette, pour que rien ne se touche, surtout pas les sauces. J'ai également remarqué quelque chose que sa mère a fait qui s'articule dans ce besoin de repères: Sa chambre. Celle chez son père comme celle de chez sa mère sont identiques ( ou du moins très très similaires). Je trouve ça intéressant, car ça reproduit un lieu sécurisant et qui est dédié à Théodore seul, alors si ça peut lui apporter du réconfort et un sentiment de continuité, c'est une bonne idée.



Là où Théodore a du mal, c'est que les gens, contrairement aux collections, ne sont pas contrôlables. Théodore a à plusieurs reprises "corriger" un comportement chez son amie Karel, en lui imposant de s'asseoir avec leur petit groupe alors qu'elle avait envie d'être plus loin, en lui imposant un choix de costume, qu'elle a refusé ou encore en lui imposant de jouer avec les trois, ce qu'elle a décliné ( elle était avec un autre duo d'amis). C'est dans ces impositions que transparait le plus l'insécurité de Théodore, mais il va devoir comprendre qu'on ne peut pas imposer sa volonté de cette façon. Il va finir par accepter l'idée que Karel a besoin de plus d'espace et veut avoir deux groupes d'amis. Être ami ce n'est pas d'être constamment ensemble, mais bien de respecter les besoins et attentes de tout un chacun.


Un autre gros défi est la présence de Fanette, cette espèce d'ovni à tignasse frisée blonde qui adore acter les objets les plus variés. Fanette est pétillante et curieuse, mais elle est aussi plus jeune et peut se montrer un brin exubérante. Pour autant, c'est une petite fille qui n'a pas de malice, j'en ai pour preuve sa suggestion d'intégrer la maman de Théo dans leur photo de famille - un beau geste d'inclusion! Elle est cependant nouvelle dans la maison de Théodore et on voit qu'il a du mal a accepter sa présence. Mais je constate qu'elle semble avoir un réel intérêt pour son nouveau grand-demi-frère, on peut la voir partager la cueillette d'insectes avec Théo à la fin. Mieux, je remarque qu'elle semble lui avoir inculquer de la compassion: Théo réfrigérait ses insectes pour mieux les punaiser sur des tableaux ensuite. À la fin du présent livre, il les libère après capture.


J'ai aimé l'allégorie avec l'oiseau jardinier, cet oiseau qui se fait une collection autour de son nid pour attirer une partenaire. Je pense qu'il se pensait insignifiant, comme cet oiseau qui n'a aucune couleur et qui doit bâtir un petit trésor pour espéré être vu. Il va cependant réaliser que les gens peuvent être eux-même 'une collection", des éléments qui s'articulent autour de lui. Je pense que dans cette image magnifique, où on voit un jardinier de couleur bleue prendre entre ses ailes les trois membres de sa famille recomposée, il y a cette réalisation d'une cellule élargie de famille. Cette image intervient juste après l'éclatement de Théo, à bout de son anxiété et de sa retenu.


Théo fait ainsi le deuil de sa famille d'avant pour avancer maintenant dans cette nouvelle mosaïque familiale. On voit qu'il a trouver une forme d'équilibre à la fin. Ses collections ne sont plus un refuge, mais de nouveau un plaisir. Sa nouvelle famille n'est plus un fardeau, mais un complément. Au final, Théo se montre résilient et une fois entendu et validé, trouve enfin ses repères pour s'équilibrer. Bravo à lui!


Je ne suis pas d'ordinaire de celle qui aiment ce genre de graphisme minimaliste aux formes très farfelues et aux couleurs homogènes, mais je peux tout-à-fait reconnaitre que le graphisme sert très bien son sujet. Ça m'amusait de voir Fanette littéralement changer de forme au gré de ses jeux. Il y a en outre beaucoup de références que les adultes vont noter - plus que les enfants, je pense. C'est dynamique et on parvient à cerner les émotions en dépit du peu de traits des personnages.


Un travail très intéressant et intelligent, avec une mécanique répétitive qui se calque sur le trait ritualisé de Théo. L'album hybride mise sur un thème devenu courant dans la vraie vie, mais qui tarde un peu à proposer des livres pour traiter des impacts. La famille recomposée est très fréquente, après tout. Et je salut cette incursion dans la psyché d'un garçon, encore peu exploité comme thème aussi, à mon humble avis. Le tout respire également le trait d'humour complice de l'illustratrice.


Pour un lectorat intermédiaire, à partir du 2e cycle primaire, 8-9 ans+

Créée

le 5 mars 2026

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Shaynning

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