Sapkowski a été moins inspiré ici que sur les précédents opus. La construction, notamment, se relâche. Sur les deux volumes précédents, elle était très précise, sans pour autant paraître trop prévisible. On suivait Ciri pendant son apprentissage, et puis on suivait Ciri jusqu'à ce qu'elle se retrouve à devoir se débrouiller seule.
Ici, on se recentre sur Geralt. Le sorceleur a trouvé à qui parler, et il est cette fois bien plus vulnérable. Vulnérable physiquement, mais aussi psychiquement.
Il cherche à retrouver Ciri, dont la rumeur indique qu'elle est sous la coupe de l'empereur de Nilfgaard. Ses compagnons, dont le cercle s'agrandit bien au-delà de Jaskier cette fois, pensent que c'est pure folie, comment un homme seul pourrait affronter les forces de l'empire entier, fût-il un sorceleur aux réflexes affûtés? Ce qui ne les empêche pas de le suivre. Geralt, égal à lui-même, tente de fuir cette camaraderie, il sait qu'il court au désastre et ne veut pas en entraîner d'autres avec lui.
Nos héros déambulent dans un monde en guerre. Nilfgaard avance, cela au moins est certain. Pour le reste, comme ils ont soin d'éviter un camp comme l'autre, ils n'en savent pas plus.
Au-delà de la construction bien plus relâchée, on notera plusieurs défauts que la série parvenait jusqu'ici à éviter : des situations et des dialogues auxquels on ne croit pas ; des péripéties où des nuages de traits d'arbalète volent en tout sens, et où tout le monde est touché, sauf nos héros, à moins qu'ils ne puissent y survivre, c'est quand même beaucoup de chance ; des personnages et des intrigues fort éloignées les uns des autres, et même si la recherche de Ciri relie l'ensemble, cela nous donne un rythme éclaté qui n'est pas du meilleur effet. Au point que l'association des magiciennes, par exemple, ne dépasse guère la sous-intrigue inutile. L'écriture des personnages confine parfois à la caricature d'eux-mêmes, comme Jaskier imperturbable sous les pluies de flèche au point que son ami Geralt doit souvent risquer sa vie pour sauver la sienne. Certes, c'était un leitmotiv, mais là cela confine parfois au ridicule.
Heureusement, Sapkowski n'a rien perdu de sa verve. Sa troupe hétéroclite n'a rien à envier au régiment monstrueux des Annales du disque-monde, et ce volume s'avère souvent très drôle.
J'aime également l'idée que les capacités de chacun s'expriment dans le tournant du roman non dans une action épique, mais lors de la confection d'une banale soupe de poisson.
Ce qui fait que dans l'ensemble, ça passe bien, en espérant que pour la suite retrouvera plus d'inspiration.